102 HISTOIRE D E P O L Y B E,
ensuite de son combat, & la marche du victorieux dans l’Insubrie, n’y eussentpas le plus contribué.
§• II.
Otie tout dépend du succès d'une première expédition à l'ouverture (Tune guerre . Ot/scelle, d'Aunihal contre les Romains eft plus digne de l'admiration des Qonnoijseurs .que celle d'Alexandre contre les Perjès. Remarques fur le combat du Téfìn. Dis-
pos ií ion des troupes des deux partis.
T Outdépend descommencemens àlgguerre,c’est Polybe qui nous rapprend. Unautre a encheri là-dessus,& dit que le Capitaine tire son prix & son estime de fàpremière expédition, & que ceux qui se mêlent d’annoncer les choses futures ne pré-disent pas mieux ce qui doit arriver que la fortune du Général qui ouvre une guerrepar une victoire, ou par un bon coup. Annibal avoit grand besoin de bien débuter,pour guérir le monde de l’opinion où il étoit qu’il entreprenois au-dessus de ses forces& de ses moiens. II n’avoit ni argent ni troupes, c’est un mauvais pronostic pour unGénéral médiocre. II lui fout beaucoup d’argent & beaucoup de troupes, encore n’a-t-il jamais assert de l’un & de l’autre. Un grand Capitaine augmente ses troupes par le-succès de ses entreprises ,& les dépenses de la guerre qu’il entreprend avec rien sont son-dées fur la guerre même. Annibal connoisibit,parfaitement Alexandre. S’il se mit ledernier après celui-ci & Pyrrhus en s’entretenant avec. Scipion,ce fut en lui un grandacte de modestie: car fa guerre contre les Romains, qu’il va attaquer juíques dans leursfoiers, est infiniment au-deílhs de celle du Roi de Macédoine contre les Perses. Lesfinances de ce Conquérant n’étoient pas autrement fondées avant le paílàge du Grani-que, que celles du vainqueur de Rome avant la gloire de la Trébie. Tous les deuxont commencé leurs exploits par un combat de cavalerie. & tous les deux n’avoientpas le sol. Mais ceux du premier, qui ne sont pas si grands que la renommée le pu-blie, puifqu’un combat & deux batailles sort peu disputées décident du tout: au lieuque l’autre en gagne un grand nombre qui ne décident de rien, quoique complc-ttes,sons que cela m’empêche de décider en faveur du Carthaginois contre le Macédonien.Tous les deux ouvrirent heureusement la scène, & firent voir la vérité de la maxime,que tout dépend des commencemens à la guerre.
Annibal comptoir beaucoup fur la valeur de fa cavalerie, & fur la vigueur de fes che-vaux, qui étoient tous Espagnols: ce qui n’est pas de petite considération., commenous le dirons en son lieu. Outre cet avantage il en avoit un autre, c’est que le nom-bre en matière de cavalerie fait beaucoup dans les plaines, parce que cette sorte d'armefournit beaucoup moins de ruses dans l’art de fe ranger que l’infanterie. 11 avoit doncpar dessus celle des Romains le nombre & l'adresse, & par dessus cela son habileté, quile conduit & qui le méne contre un autre Général fort au-defious de lui, & d’une ex-périence fort médiocre. Voilà bien désavantagés. Ce qu’il y a de singulier,c’est queles deux Généraux partirent dans le même deíìèin dc- fe reconnoître, fans s’ctre don-nés le mot, & tous les deux firent un coup fourré & fe rencontrèrent. Annibal son-gea à la maxime des prévoians., il choisit ce qu’il avoit de plus fort au cas de rencon-tre. Scipion ne prit pas moins toute fa cavalerie, mais il ne marcha pas en homme quidùt s’attendre à un combat. II prit son infanterie légére , cela étoit fort prudent ; maiss’il eût marché avec un détachement de fes légions, il eût fait encore mieux. Ils fe ren-contrèrent en belle plaine en deçà du Tésin. Scipion fut surpris à la vue de l’ennenai,