LIVRE III. CHAP. XÏIÍ. jo 3
& le Carthaginois ne le fur pas. Comme on voit de loin dans les plaines, chacun eurle tems de le ranger en bataille & de prendre ses avantages.
Le Général Romain le forma fur une feule ligne, selon la coutume de ce tems-là,que les Módernes ont conservée un assez long tems; la cavalerie Romaine aux ailes (a),celle des Gaulois alliés (3) au centre. Ne feroicnt-ce point des Cénomans? J’ai dupenchant à croire que ce furent des Infubriens, dent on avoir lieu de fe délier. Cccentre étoit fortifié dés armés h la légére (4). •
Annibal fe régla fur cette disposition: tout c-e qu’il avoit de cavalerie d’élite (5) é-galoit tout ce front de celle des Romains. Le narré de Polybe le prouve manifeste-ment. XI jetta fa cavalerie Numide (6) fur les ailes, & marcha dans cet ordre con-tre f ennemi.
Le combat commença par les armés à la légére des Romains,je dis des Romains, caril ne paroît pas qu’Annibal en eût aucun dans ce combat-là. Scipion les détacha, &les fie avancer hors de la ligne assez imprudemment contre la cavalerie Carthaginoise;mais c’étoit alors la coutume des Romains, qui reconnurent parleurs défaites continuel-les que cette forte d’arme n’est propre que pour combattre entre les distances des esca-drons , pour fe jetter dès le moment du choc entre celles des ennemis, & les prendre enflanc. • Encore ne s’en avisérent-ils que ford tard, tant la coutume est respectée lorf-qu’une Puistànce est dénuée d'hnbiles Généraux. Annibal ne tint aucun compte de oesgens-îà, dont les Romains ignoraient l’ufage véritable; il leur pafíè fur le ventre, &fond brusquement fur Scipion avec tant d'ordre,de violence & de furie,que la cava-lerie Romaine cn fut ébranlée- Le combat fut grand & également soutenu; mais com-me la cavalerie fe trouvoit débordée par les Numides, ceux-ci tournèrent & fe repliè-rent effûrt fur les ailes; & pendant que les uns gagnent & prestènt les lianes, les au-tres taillent en pièces ce qui restoit des armés à la légére, qui s’étoient retirés derriè-re la ligne, & les prennent ensuite à dos. Les Romains environnés de Mutes parts,la déroute devient générale: Scipion est blessé dans cette action , & fe fauve avec toutce qu’il peut rallier de troupes. Tite-Live qualifie de retraite honorable la fuite duGénéra! Romain, c’est ce que l’Auteur Grec ne dit pas: car on ne saurais appellerrefaite honorable faction de celui qui fe retire fans être suivi. Ce qu’il y a de cer-tain, c’est que Scipion perdit peu de monde.
On va un peu bride en main dans un commencement de guerre, après une actionqui nous a réussi & qui ne fauroit décider, quelque complette qu’ells puisse être. Dcquoi s’agissoit-il aprés tout? De la déroute d’un corps de cavalerie. Annibal, qui fetrouvoit dans un pais qui lui étoit encore inconnu, n’cut garde de poustèr trop loinl’ennemi, de peur de trouver quelque piège en son chemin: caries plaines n’en fontpas moins susceptibles que les lieux couverts. D’ailleurs il craignit qu’en poussanttrop loin son avantage, .ses troupes animées par fardeur de la victoire n’allaílént im-prudemment donner dans finfanterie Romaine, qui n’étoit pas loin. • Ce fufun traitde prudence h Annibal. S’il eût pensé un peu moins avantageusement de Scipion, &qu’il n’eût pas ignoré fa blessure, qui le mettoit hors d'état d’agir, je ne fai si l’éton-nement, où fe trouvoit alors l’armée Romaine, n’eût par produit une seconde actionbeaucoup plus fâcheuse que la première. On en peut juger par les fuites. Revenonsencore à la maxime qui fait îe texte de ce Parngrafe, tout dépend de bien commencerà fouverture d’une guerre: les moindres avantages dans ces cas, quand il nc s’agfroicque. de la défaite de cinquante hommes, font souvent cause de grands événemens-