Band 
Tome quatrieme.
Seite
104
JPEG-Download
 

HISTOIRE D E P O L Y B E 3

§. IIL

ìcl

Annibal fit paraître dans ce combat toute la conduite , prómance & Phabileté cTur.grand Général. On ne remarque aucune de ces qualités dans Scipion. Ses fau-tes font peu ordinaires dans un Général expérimenté tel qu il devoit être. La ré-putation de son ennemi, & fa hardiesse à tout .entreprendre , eussent du lejenirdans une perpétuelle défiance.

L A discipline militaire des Romains, qui fait aujourd’hui notre admiration , íànsqu’aucun Prince de l’Europe fe soit encore avisé de l’introduire dans ses troupes ,hor» le Prince Maurice, qui s’étoit appliqué à la recherche de ses principes autant qu’iídépendoit de lui.; cette discipline inspirée, dis-je, étoit.tout ce que le Général Car-thaginois avoit de plus h craindre. La victoire marche rarement fans elle., & la valeuren est toujours inséparable. Cette victoire, dit un de nos Maîtres, n’est pas tant lefruit dune bravoure aveugle & du nombre, que de Part & de l'exercice.: Non tamjnultitudo& virtus indocla , quam ars & excercitium soient, pr a ft are vicîoriam.

Annibal habile dans cet art, attends à tout ce qui peut rendre les troupes plus obéis-santes & plus exercées, tâche d’imiter ce qu’iî voit de parfait dans ses ennemis, & re-tient ce qui lui paroìt de plus . avantageux dans fa .maniéré de combattre & dans la tac-tique Carthaginoise, plus simple, moins composée & plus difficile à rompre. Le suc-cès de cette guerre dépendoit absolument d’une discipline exacte , il la fit observer avectoute la sévérité & la rigueur possible. Cette sévérité est révérée lorsqu’clle est juste,Le que le Capitaine a sçû gagner l’estime & l.a confiance dc les soldats. Annibal alla pi usloin : cars’étant apperçû que les armes de l’infanteric Romaine ctoient avantageuses pourjoindre & aborder l’c-nnemi, il en arma la sienne. Toutes choses .étant égales h cet é-gard-là, les Carthaginois eurent encore cet avantage d’opposer â leurs ennemis l’inteí-ìigence & le mérite du Général qui manquoit à ceux-ci, & la nécessité de vaincre.

Scipion fournit l’occasion à Annibal d’ouvrir fa campagne par ce qu’il avoit-de plusfort, de plus brave & do plus expérimenté. On sent bien que je veux parler de facavalerie. Ce grand homme eût dû espérer de vaincre son ennemi au combat de Téfin,quand même il eût combattu à forces égales, .car la cavalerie Romaine ne fut jamaisfort redoutable. A plus forte raison dut-il compter fur la victoire lorfqu’il fe vit fupé :rieur h scs ennemis. Car comme le nombre fait beaucoup en rase campagne, & surtoutdans une action de cavalerie.., dont les flancs & la croupe sont d’une ibibleíî'e extrême,ìl fatjt néceflairement que le plus fort surmonte le foible qui en est débordé. Touc.autrement de l’infanterie, qui peut dans ces cas-Ià faire face de tous côtés.

Annibal, toujours supérieur en cavalerie, autant par le nombre que par la valeur,toujours foible en infanterie, ne quitta presque jamais les plaines, aíìuvé qu’il vaincroità son infanterie par fa cavalerie, & à cclle-ci par l’autre;ce que les Romains ne com-prirent & n’imitérent jamais qu après la bataille de Cannes. 11s opposèrent toujours dejnauvais cavaliers à de bons, qui les méprisoient, pendant qu’Annibal fejouoit de leurs.Généraux visiblement .étourdis,..& plus visiblement mauvais.

Les grands Capitaines ne sont pas cxemts de fautes, ils ne sont pas infaillibles, & ne]e prétendent pas aussi, Rarement font-iis fâchés .qu’on les leur fafíè remarquer. 11sfont hommes comme nous, ils le savent bien. Annibal en a fait plusieurs épreuves.Celle ou il tomba'après la bataille de Cannes lui fut très bien reprochée pourn’avoiríçû profiter de fa victoire, fans qu’il s’en fâchât. Elle eut des fuites rrès-tristes & très-j$çhe.uses, C croie un furieux rabat-joiepour lui. & un très-grand aux Romains, qui