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Tome quatrieme.
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io6 HISTOIRE DE POLYBE,

Prince Eugène nous l’a fait voir mille fois contre les Turcs,qui font toujoufs suivisd’une innombrable cavalerie,dont ils ignorent encore la force, & selon toutes les ap-parences ils ne la connoîcront de iongtems, tant leur religion eil propre à les rendreéternellement bêtes.

Est-ce un défaut de prévoíance, imprudence, ou quelque chose de pis, à un Gé-néral d’armée de s’engager dans une plaine rase & découverte à la tête d’un grand corpsde cavalerie, lorsqu’on est assuré de la valeur & de la supériorité de celle de l’ennemique l’on va reconnoître, & qui peut s’être mis en campagne avec toute la sienne pournous venir au-devant? Ne doit-on pas fe précautionner? Vous êtes plus foible en ca-valerie, je le veux; mais vous avez une excellente infanterie: pourquoi ne pas sorti lierce que vous avez de foible par ce que vous avez de fort & de redoutable ? Faute impar-donnable à Scipion, d’avoir négligé de fe faire suivre par un corps détaché de ses lé-gions. S’il Peut fait, la défaite d’Annibal étoic assurée. Peu pratiquent aujourd'huicette méthode, dira-1-on. Je le fçai bien: l’on fait pis; car s’il marche des dragonsdans un gros détachement dé cavalerie, on en connoìt si peu l’ufage,que je n’ai jamaisvû ni ouï dire qu’on leur ait fait mettre pied à terre;ils combattent en qualité de ca-valiers : c’est fçavoir bien peu profiter de cette arme.. Auíli voit-on bien peu deGénéraux dans le monde qui en connoiiïènt Futilité,

On reconnoîtra aisément par la sottise des cavaliers Romains,combien cette nationavoit l’efprit & le génie fantassin, & propre à combattre à pied plutôt qu’à cheval.Cela parut à ce combat comme dans bien d’autres,. & même à la bataille de Cannes..Souvent dans la chaleur d’un combat de cavalerie, on voioit une partie des cavalierspar-ci par-là dans les escadrons sauter à bas de leurs- chevaux, faire Foffice de fantalìins,& combattre à pied bravement, mais sottement, contre des escadrons bien ordonnésqui leur pafioient bientôt fur le corps. Annibal vit avec étonnement dans cette action,une chose si extraordinaire, où il ne voioit ni sens ni raison,. Cette maniéré de com-battre en cavaliers démontés, étoit ancienne parmi les Romains; mais tous les cavaliersmettoiènc. pied à terre au premier ordre pour combattre en corps, comme font nos-dragons. Ici les uns combattent à pied,& ies autres a cheval. N'-étoit-ce pas te livrerpieds & poings liés à lbn ennemi, que de combattre de la. forte? Je pense qu’ouï:Annibal le fçut bien dire & s’en moquer à la bataille de Cannes; qui doutequ’il n’eût raison?

Scipion sit fort prudemment de former fes ailes de ce qu’il avoic de meilleure cavale-rie , & de fortifier son centre dc fes armés à la legére, s’ìl n’en eût pas malheureusementignoré Fufage, que son ennemi connoissoit si bien. II eût dû les enrrelaíser entre les•escadrons, avec ordre de fe jettcríur les flancs & à dos-de ceux de l’ennemi à l’instantque l’on en viendroir aux mains;mais les Romains ne connoiílòient pas cette facondecombattre. Scipion les fait avancer bien au-delà de la ligne pour efcarmoucher. Anni-bal s’en moqua, en mit une partie en fuite, & passe sur le corps de l’autre. Ce- pre-mier avantage ,qui n’étoìt guéres digne de considération, étonna extrêmement les Ro-mains, & passe pour fort solide dans leur imagination: ce qui n’aìda pas peu à leurdéroute. Mais ce qui l’acheva fut la supériorité du nombre des escadrons contre lepetit. Scipion fe vit tout d’un coup débordé'à ses ailes par lc-s Numides, qui l’enve-lopérent & le pressèrent de telle sorte, qu’il fut battu , mis en fuite & blessé dange-reusement. II méritoic tout cela : car Dieu ne fe déclare pas toujours en saveur desgros escadrons, mais toujours à l’avantage de ceux qui sont braves, bien rangés& bien menés.

Qu’un Che#d’armée tel que Scipion & tant d’autres s'exposent aux plus grands pé-rils, qu’ils s y fassent blesser comme il sit, c’est i’éloge d’un avanturier qui cherche à