LIVRE III. CHAP. XIII. 105
h perdirent íì honteusement. Les Capitaines médiocres, plus ou moins vains & pré-somptueux , selon le degré d’ignorance où ilsse trouvent, ne peuvent souffrir qu’onleur faslè voir qu'ils ne font pas exemts des infirmîcéâ humaines ; c’est l’ordinaire deceux-ci de s’en fâcher, & bien fort lorsque les autres plus parfaits ne s’en plaignentpoint. Je ne fçai si Scipion, à qui fes fautes servirent depuis d’excellentes leçonspour s'empêcher d’y tomber h Pavenir, ne fut pas blâmé & chanté à Rome d’un simauvais commencement de campagne. II faut Pavouer, il débuta mal, & ceux quile relevèrent encore pis, pour être plus malhabiles.
Etoit-il fort nécessaire à Scipion d’aller lui-mêine reconnoître le camp d’Annibal?Trente Maîtres & un Officier entendu enflent pu Péclaircir & le tirer de peine. Ilseussent reconnu que cette armée Carthaginoise, qui parut.íùr le bord du Rhône siforte & fi siorislante, étoit réduite à rien. Parlons sincèrement, je ne puis croire quele.Générai Romain pût ignorer la foihksle de son ennemi à l’égard de son infanterie,& la force de fa cavalerie pat rapport à !a sienne. Etant si fort supérieur à l’égard dela première , qu’étoit-il besoin, encore une ibis, qu’il fe mît en campagne » Iltête de .fa cavalerie & de quelques- médians armés h la légère, qui eullènt pùlui être d’un grand secours 's’il en eût connu l’ufage? Dès qu’il fçut Annibalcampé dans les plaines, il n'avoir qu’à marcher à lui avec toutes fes forces, & luidonner bataille. La supériorité de la cavalerie ennemie eût pû être de quelque con-sidération d si les Romains n'eussent pas été infiniment supérieurs en infanterie. Etquelle infanterie! la meillc-ure de la terre & la mieux disciplinée, qui ij' avoir encoreéprouvé aucune disgrâce, & qui étoit toute pleine d’efpérance, d’ardeur & de con-fiance: .confiance qu’elle devoir tirer d’elle-même, si elle en manquoit pour son Gé-néral , ce que je ne fçaurois croire. Elle devoir an contraire en avoir beaucoup, &l'essimer infiniment par fes celions de la guerre- précéden te contre les Gaulois Infubriens,qu’il avoir conquis & fournis à la domination Romaine, je suppose qu’Annibal eûtsurmonté la cavalerie Romaine par la sienne beaucoup meilleure, c-lle n’cût pas sûre-ment décidé : l’infanterie Romaine eût infailliblement battu la Cathaginoife, & Peûtruinée de fond en comble, fans pouvoir jamais s’en relever. Supposé que ce Romaineût été battu, il ne pouvoir lui arriver pis que ce qui arriva ensuite de la défaite-defr. cavalerie, comme npus le dirons en son lieu. Si les Généraux Romains n'enflentfait voir par leur misérable conduite dans presque tout le cours.de cette guerre,qu’ilsétoient très-malhabiles & très-ignorans, la supériorité de la cavalerie Carthaginoise eûtété comptée pour peu de chose, puifqu’il leur étoit aisé de suppléer à la foiblesiè deleur cavalerie par leur infanterie,en faisant soutenir l v úne par l’autre,en inférant leurstriasses, ou du moins leurs armés à la legére, entre les distances des escadrons; ce*qu’ils ne firent jamais, bien qu’Annibal fe servît de cette méthode h l’égard de la sien-ne, qui n’en avoit guéres besoin : tant il fçavoit fe précautionner pour la victoire, &tant les Romains étoient malhabiles en tout. Car leur infanterie étoit capable de vain-cre par elle-même ; mais ils ne fçurent jamais s’en servir. Elle fut éternellement trom-pée plutôt que vaincue. Telle étoitPincapacité de leurs Généraux,braves h la vérité;-mais h quoi sert cette valeur fans expérience & fans art contre un ennemi, qui ne leurcédant en rien de ce côté- là, posiedoitau souverain dégré ce qui leur manquoit de l’au-tre, & cela seul prévalut fur ce qué les Romains pouvoient avoir de plus fort. Poury revenir encore, la cavalerie ne devoir être d’aucune conséquence pour la victoireavec une intelligence médiocre.& un peu d’efprit rusé, fi nccesiáire dans la tac-tique, qni confisse toute dans la ruse & dans Partifice.
Un habile Général s’embarraíîe fort peu de la supériorité d’une arme fssopre dans uncombat de raie campagne fur Pautrc qui ne fe trouve .pas dans un tel avantage. M. le
Tome IV ’. O