120 HISTOIRE DE P O L Y B E,
„ nient à cause d’une petite ravine qu’ils avoient devant eux; niais cet obstacle fut„ surmonté par tant de vigueur, que la Maison du Roi alla rompre aussi-tót leur„ première ligne malgré leur grand feu, & passa outre, ne laisîànt rien devant elle,„ qui pût lui résister.
,, Comme les ennemis avoient formé six lignes, ceux de la dernière crurent que„ cette vigueur n’atteindroit pas jusqu’àeux. biais cette même ligne qui les attaquoit,„ défit entièrement les escadrons qui s’étoientjettés dans les intervalles pour les prendre„ en flanc. Ce fut dans cette mêlée que l'on connut tout ce que valoit la Maison du„ Roi, puisque chacun y sic le devoir de Commandant. 11 n’y eut jamais une ac-„ tion si hardie, & avec si peu de monde. Jusques-là qu’un escadron se pana-„ geoit en trois pour en charger trois qui se vouloient rompre, .& les mettoit tous en„ désordre.
' ,, Cette première ligne victorieuse gagna de cette manière jusqu’à la cinquième 11-„ gne des ennemis, qu’clle renversa.. Mais M. de Luxembourg volant la gendarmerie„ arrivée, voulut lui donner part à cette action : il fit aussi-tôt rallier la Maison du,, Roi, à fit passer dans les intervalles la gendarmerie, & ce qui étoit arrivé de la bri-„ gadedeQuadr. Ces troupes marchèrent avec tant"de hardiesse, que la sixième ligne„ des ennemis ne voulut pas en éprouver la bravoure: car aux approches de la gendar-,, tuerie, ils le retirèrent fort précipitamment du côté de leur défilé de la Catoire, fous„ le feu de cinq bataillons qu’ils avoient postés dans les haies. M. de Luxembourg*„ modéra l’ardeurde ses troupes, pour ne pas tomber dans le feu de leur infanterie, &„ il resta plus d’une heure fur le champ de bataille pour y faire enlever les morts & les„ blessés. Après quoi M. le Maréchal volant les ennemis entièrement battus & re-„ poussés au-delà du défilé, il fi: faire halte à ,!a gendarmerie , qui faisant demi tour à,, droit, repaflà dansjes intervalles de la Maison du Roi, & trois cens pas au-delà-, elle„ fit front aux .ennemis ; toutes les .troupes se mitent cn Colonnes, & retournèrent„ camper à la Sausoie.
Les partisans des gros-escadrons trouveront ceux de la Maison du Roi bien petits,s’ils les mettent en regard avec les miens ,6e cependant ces petits escadrons percèrent 6crompirent les gros ; mais l’audace, la valeur & laananiére de combattre de la Maison duRoi se trouvent rarement ensemble dans la cavalerie ordinaire. II ne feroit pas impossi-ble, ni même fort diflicile d’introduire le même esprit,en obligeant la cavalerie d'imi-té r ces hommes intrépides dans leur façon de combattre. Ce quel’honneur & le déíirde la gloire font faire à ceux-ci, la discipline militaire & l’observation exacte de ses loixfera & produira le même effet & la même volonté fur les autres:car la nation est tou-jours la même, e-llen’a point changé de son feu & de son ardeur depuis tant de siécles.II n’y a qu’à la bien mener, &ne lui laiíîèr rien perdre de cette impétuosité & de cetteviolence qui lui est si naturelle qui est tout cc qu’on peut imaginer de plus redouta-ble & de plus à craindre. Si nous n'avons pas vu d’excmples semblables, ou s’il s’entrouve en petit nombre, cela vient en partie du défaut de discipline & du peu d’habiletëdes Généraux: car l’on suroît dit pendant tout le cours de la guerre de 1701 . qu’ils neconnoiffoient pas la nation, & qu’ils n’c-n étoient pas eux-mêines,nantie flegme abon-doit en eux, & -tant ils paroiflòient surpris d’en trouver si peu aux autres qui trou-■voient à redire au leur. Cela ne s’est point remarqué pendant cette guerre à Regard dela cavalerie ni de l'infanterie.
Je m’étonne qu’un aussi grand CapitainequeM. le Maréchal de Luxembourg ait pû•marcher avec un aussi grand corps de cavalerie, sans amc-ner du moins vingt compagniesde grénadiers dans un dessein de cette nature. 11 devoir s’attendre de trouver de l’in-íanterie mêlée parmi cette cavalerie. Rarement une arriéregarde marche fans cela, parce
que