122 HISTOIRE DE POLYBE,
& refusa l’autre à son ennemi en rétrogradant; & pendant que celui-ci avariçoic pontle joindre, il se trouvoit tout d un coup h son aile attaquée. Cette ruse est d’autantplus admirable,, qu’on ne sçauroitla parer. Pour la bien comprendre,je renvoie monLecteur à l’explication de la bataille de Mantinée dans mon Traité de la Colonne, quifait la tête de mon premier Tome.
. ' . §- IV.
Sentiment dé VAuteur fur la cavalerie Espagnole. ÇkCelle n'a jamais connu fa force ,i Preuves que cette-cavalerie est au-dessus de tout ce qu on peut imaginer de fort & de; violent. Qiie la cavalerie pesante ne fçauroit lui résister. Avantage de l'épée Efpa -gnôle. Qtiil n y a que la cavalerie Africaine qui puisse lui résister & la battre• par l'nvântage Jbul de fes armes?
M Ontécuculi dit que si une épée a quelque force en ellè-même, plusieurs épées join-tes ensemble en auront davantage, & que de deux poids il faut nécessairement quele fort emporte lé foible. Cette maxime toute évidente quelle paroît ne l’c-st pas en'sout à la guerre, elle n’estmême point Vraie le plus ordinairement, lorsqu’un habilehomme se met en tête d’en faire voir la fausseté. Je suppose deux armées d’égale va-leur, d’une égale discipline, & rangées-dans un égal avantage du terrain: iVÌaisdansune telle disproportion, à l’égard du nombre, que l’une des deux se trouvera plus foi-ble de deux tiers & au-delà; ií est certain que celui des deux Généraux qui fera le plusfoible, mais le plus habile, vérifiera l’évidence de cette maxime qui lui est toute oppo-sée & qui n’a qu’une se.ee , que ce n’est pas tant le nombre qui décide dans le combatque. le courage, la bonne conduite & ladreflè du Général. Or cette adresse consiste àopposer un petit nombre d’épées à un.très-grand nombre, & de faireeníbrtequ'il nem’en soit opposé qu’autant què j’en oppose à mon ennemi, & que toutes les autres de-meurent inutiles & fans effet, c’est ce;que produit la science, &la hardiesse intrépided’un grand Capitaine-,.& la vérité de cette proposition gic en faits, à ces faits font in-finis dans iTliíloire : ils ne font pas moins en grand nombre à proportion dans ce quenous avons vu de nos,jours, la race des grands hommes n’estpas périe peut-être. II nese peut faire, dit. encore Mcntécuculi, qu’en multipliant les agents, on ne multiplieles efforts, & par conséquent les effets. Cela est vrai dans la méchanique, mais il neTest pas toujours à la guerre: On ne fçauroit opposer à un escadron de quarante épéesde front dans un choc violent & impétueux que le même nombre d’épées, si ce qui dé-borde en delà tfa pas le teins de se replier sur le corps qui attaque, & qui pénétre parle poids de son choc, & paíïè outre. Car ce qui est ouvert une fois ne se remet pasaisément, si un autre corps semblable suie de près celui qui a percé & qui achevé fop-vent ce que l’aucre a commencé. La Colonne fait cet effet plus avantageusement qu’unescadron, dont 3a force n est pas en lui-même, lorfqu’il s’en trouve plusieurs qui peu-vent réparer la défaite du premier.. Quatre bataillons rangés selon la méthode ordinairene battront jamais une Colonne d’un seul. Je veux qu’ils l’envelopent,ils ne lui op-poseront jamais en le joignant la baionette au bout du fusil, qu’autant de baionettesqu’il v en aura autour de la Colonne, tout le reste demeurera inutile. Qu’on prennebien garde ici qu’il ne s’agit que des combats à coup de main, où ie seu n’a plus lieu ;car dans une action où les deux armées ne se joignent point i & où Ton se passe parlesarmes de part & d'autre, il est certain que mille fusils -Fempoiteronc fur quatre centqui combattront de la forte contre les mille. Dix "mille hommes rangés en bataille fonttoujours assurés d’en battre vingt mille, si le Général Te forme fur une oblique très-