LIVRE ItL CHAP. XIV. 129
étoient poursuivis, repousse les Romains, & les contraint à leur tour 62fuir à leur camp. Sempronius alors met en mouvement toute ík cava-lerie & ses archers, & les Gaulois font encore forcés de faire retraite.Annibal, qui n’étoit pas prêt à une action générale, & qui bailleursne croioit pas qu’un Général sage & prudent dût, sans un dessein pré-médité & à toute occaíion, hazarder une bataille.générale, se contentad’arrêter la fuite de ses gens, & de leur faire tourner front aux enne-mis , leur défendant par ses Officiers & par des trompettes de combat-tre ni de poursuivre. Les Romains s’arrêtérent là pendant quelquetems ; mais enfin ils se retirèrent, après avoir perdu peu de leur mon-de , & en avoir tué un plus grand nombre du côté des Carthagi-nois.
Sempronius enflé Sc triomphant de ce succès, auroit fort souhaité d T envenir k quelque chose de décisif. Mais quelque envie qu’il eût de pro-fiter de la blessure de Scipion, pour disposer de tout k son gré, il nelaissa pas que de lui demander son avis, qu’il ne trouva pas conformean sien. Publius pensoit au contraire qu’il falloit attendre que les trou*pes eussent été exercées pendant l’hiver, que l’on en tirerait plus deservices la campagne suivante : que les Gaulois étoient trop légers &trop inconflans pour demeurer unis aux Carthaginois ; que dès que ceux-ci ne pourraient rien entreprendre, ceux-lk ne manqueraient pas de fè''tourner contre eux ; qu’après que ík blessure ferait guérie, il espéraitêtre de quelque utilité dans une affaire générale, qu’enfin il le prioit in-stamment de ne pas passer outre. Sempronius ne pouvoit s’empêcher dsreconnoître que les avis de son Collègue étoient justes & sensés: maisla paillon de se distinguer & l’assûrance qu’il croioit avoir de réussir,Femportérent sur la raison & sur la prudence. 11 avoit en tête, avantque Publius put se trouver k faction, & que le tems de créer de nou-veaux Consuls, qui approchoit, fût venu, de finir cette guerre par lui-même, & comme il ne cherchoit pas le tems dés affaires, mais le sien,il ne pouvoit pas ne point prendre de mauvaises mesures.
Annibal peníòit comme Publius fur la conjoncture présente, mais il encpncluoittput le contraire & pressoit le tems du combat : premièrementpour profiter de la disposition où étoient les Gaulois en fa faveur; ensecond lieu, parce qu’il n’auroit k combattre que contre de nouvelleslevées fans expérience; & enfin pour ne pas laisser à Publius le tems dese trouver k faction. .Mais fa plus forte raison étoit de foire quelque cho-se, & de ne laisser pas le tems se perdre inutilement: car rien n’eiìplus important pour un Général, qui entre avec une armée dans un paisennemi, & qui entreprend une conquête extraordinaire, que de renou-veler par des exploits continuels les espérances de ses alliés. II ne peníàdonc plus qu’k se disposer k une bataille, bien sûr que Sempronius nemanquerait pas.de f accepter.
il avoit reconnu depuis longtems le terrain qui étoit entre les deuxTome IV. R
Conseilde guerreencre lesdeuxConsuls.
Ruse
d’Anní-
bal.