LITRE III. C II A P. XV. sz?
fesse des Carthaginois ne fût commune entre eux, & qu’il ne se trouvât trop incom-modé de triompher sur un même char avec son Collègue.
Le moindre avantage, dans un Général imprudent <k inconsidéré, ne manque pasde produire une inimité de chimères. Annibal n’ignoroit pas le dessein du Consul, ille crut tout formé. Celui-ci, enflé de ce petit luccès, fe flatte qu’il ne -fera pasmoins heureux dans upe bataille rangée. Le Carthaginois, s’y étoit déja préparé. IIavoit reconnu tout le terrain entre les deux camps. II remarque fur les bords de la ri-vière , & un peu au-delà d’une des ailes des Romains, un lieu très-commode pour ydresser une embuscade. C’étoit des endroits couverts d’arbres touffus, des haies & desravins très-propres pour y cacher un corps considérable de troupes. A la saveur dek nuit, il y fart couler secrètement raille chevaux & autant de soldats choiíis A. decoûte son infanterie.
II y a un ancien proverbe qui ordonne de bien établir le présent, ce qui suffit dansles affaires militaires comme dans toutes les autres pour bien espérer de lavenir. LeGénéral Romain, dont la vûë ne perce & ne s’étend pas plus loin que le front de sonarmée, & qui songe bien plus adonner bataille, qu’à prendre les mesures & les précau-rions nécessaires pour s’empêcher d’être vaincu, néglige de reconnoître Lt de faire souil-ler ces endroits couvertsen-deçà delaTrébie. II la passe dès le point du jour, c’est-à dire, dans un tems eù il auroit dû rester clos & couvert dans son camp. La pluie& le mauvais tems de la nuit précédente avoient fait tellement enfler la rivière, que lessoldats furent obligés de la traverser aiant de seau juíqu'n la poitrine. Eu été ce n'-estrien ; mais en hiver il y a de la folie, lorsqu’une indispensable nécessité ne nous y con-traint pas malgré nous. Mais ce n’eít pas là se plus greílè faute. 11 fait sortir sonarmée faus avoir repû, comme s’il l’eût voulu préparerau combat par un jour dejeûne; ‘elle fe met en bataille dans la plaine, abattue de faim & faille du froid, quel’eau qu’elle vient de pafler augmente : la neige qui vient de recruS, achève de déses-pérer & de décourager ses troupes, & les fait douter de la sagesse de leur Général ;ce qui 11'échauffe pas beaucoup le courage,& lafaimn’augmente guéres plus les for-ces & nos espérances.
Comme, la réflexion ne vient jamais que lorsqu’on voit l'ennemiprèsde soi, & quela partie est liée, Sempronius dut alors s’appercevoir de son imprudence & de fa sotti-se. Pendant que les Romains passent la Trébie avec toutc-s sortes d'incommodités,
<L qu’ils íè rangent en bataille, Annibal lait repaître lès hommes & les chevaux,tandis que le Consul se repaît d’espérance, & que son année toute glacée la perd& se décourage. Les Carthaginois sortent enfin de leur camp, frais & alaigres, & íèmettent en bataille. Voici Tordre & la distribution des troupes Romaines.
L’infanterie C-), forte detrente-six mille hommes, fut rangée fur trois lignes, se-lon la coutume Romaine : les armés à la légère (3) à la tête de tout. La cavalerie (4)é; (5), qui confìstoitc-n quatre mille chevaux, étoit partagéeaux ailes.
On peut bien s’imagincrque ie Consul n'étoit pas homme à ajouter rien de- nouveauh cette disposition, il n’cn Içavoit pas davantage. “S’il eût eu . la moindre expériencede la guerre, il íè fut apperçu que fâ cavalerie, quelque opinion avantageuse qu’il pûten avoir, ne soutsendross jamais contre celle d’Annibal, fi brave, fl aguerrie, & stextraordinairement supérieure à la sienne ; il ne fe pouvoit qu’il ne sien yìc débordé,malgré la supériorité de son infanterie.
Annibal aiant observé toute cette distribution des Romains, oppose'un front égal à.leur infanterie, & range la sienne (ri), qui saifoit près de vingt mille homme.-, fur unefeule ligne,en maniéré de phalange sel avoit huit mille soldats légèrement armés (7),qu’il met à la tête de tout, aiant les éléphans ( 8 ) à leurs ailes. Noue Auteur fe trora-Toms IV. S
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