i6i HISTOIRE DE POLYBE,
OBSERVATIONS
Sur la marche <f Annibal dans les Marais de Çlusmm ou
de Chiana
§- I.
Ottc la marche d'Annibal dans les marais de Çlusmm fut l'objet (Tun dessein profond.Sentiment de P Auteur fur cette marche. Que Polybe ne l'a pas bien connue. Ex-plication de cette marche..
O N va voir dans ces Observations si cette marche d’Annibal dans les marais deClusium, fut l’objet d’un grand desièin,ou si ce Général eut seulement en vûële merveilleux & f extraordinaire dans ce qu’il s’étoit résolu de faire: car il arrive sou-vent que des Généraux entreprennent des choses qui semblent imprudentes & té-méraires, qui ne font en effet que hardies, & qui surprennent d autant plus, quel’on ne comprend ni l'on ne voit rien dans le desièin du Général qu ensuite de l’évé ■■nement, c'est-à-dire , lorsqu’il n’y a plus de remède. Mais loríqu’on s'engagedans de tels desseins, il faut être fur de son fait, & bien assuré que l’ennemi, inca-pable d’y rien connoìure, ne rompra pas toutes nos mesures. Car il y a des entre-prises où il n’y a point de milieu entre la ruine d’une armée & le succès, lorsque l’en-nemi les pénétre & paraît tout h coup pour s’y opposer, quand l’affaire est embarquée.Annibal étoit perdu, si Yes Romains l’eusiènt attendu h la sortie des marécages ; la re-traite devenoit alors si difficile, qu’il eût perdu l'on armée & fa réputation avant quede pouvoir se retirer. Ces fortes de projets extraordinaires font un effet surprenantlorsqu’ils réuffiflènt, l’ennemi en paroi t srapé, & la consternation ne tarde gué-res de fe répandre dans toute une armée, quand môme les vûës du Général,dans ce qu’il vient de faire, n’auroient pour objet que le merveilleux de Factionmôme.
Polybe, dont le desièin n'étoit pas moins d’écrire une Histoire, que de nous instrui-re dans ce qui regarde la guerre & le gouvernement des Etats, ne nous dit presquerien , & ne creuse pas les motifs d’Annibr.l dans cette fameuse marche. II nous laisièa deviner les vûës secrètes de ce Chef célébré, & les-principales raisons de cette mar-che, qui font fortes & en grand nomhre. 11 s’attache principalement à faire connoì-tre le caractère, que le Lecteur éclairé voit bien, lans qu’il ait besoin de Commentai-re. N’eût-il pas mieux fait de nous étaler les bévues du Consul, & sa négligence àprofiter des avantages qu’il eût pû tirer, & des obstacles qu’il pouvoit opposer à sonennemi dans une marche si difficile & si délicate? 11 y a lieu d’en être étonné: cardans cette affaire Flaminius est plus blâmable que dans tout ce qu’il fit de mauvais parla fuite. Les Romains n'eurent jamais une si belle occasion que celle-ci de finir glo-rieusement la guerre, & de la terminer à la honte de l’ennemi.
Annibal étoit trop habile & trop éclairé pour ne pas prévoir tous les dangers ausquelsìl exposoit son armée dans une entreprise si surprenante. Mille raisons l’y engageoient