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Tome quatrieme.
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LIVRE III. C II A P. XVI., 162

pourtant, & notre Auteur ne nous en offre que deux, dont la dernière est très-peusolide. Ce grand Capitaine voioit aflèz que cette marche pouvoit avoir des suites fâ-cheuses par les obstacles que l’ennemi pouvoit lui opposer. Ces obstacles lui parurentbien moindres, & plus aisés à franchir que ceux qu’il eût pû rencontrer en prenantune autre route. C’eût été une extrême-folie à lui de choisir la plus dangereuse & laplus difficile, plutôt que la plus praticable ; mais si le choix de la première étoit moinsdans le désir de faire parler de lui, que l’objet d’un grand desièin, il ne dút pas ba-lancer dans i’exécution. S’il n eût envisagé que la gloire plutôt que le solide, je neferois guéres plus de cas de cette gloire, je n’c-n estimerais guéres plus le sujet, queje ferois d’un homme qui se jetterait du haut du pont Saint-Esprit dans le Rhône, pourfaire voir fa force & son adresse, sans autre but que celui de s’attirer la réputation d'ex-cellent nageur. Je lui accorderais volontiers mon suffrage, fans rien perdre de l'opi-nion que j’aurois de fa folie.

j’aurois été porté à faire le même jugement du Général Carthaginois,si je n’avoisun peu plus médité fur le desièin de ce grand homme que n’a fait Polybe. 11 allèguequelques raisons, mais je me fuis apperçu qu’il aurait pû nous en fournir un grandnombre d’autres très-favorables à cette entreprise. II semble qu’il les a négliglées, ouqu’il n’a pas bien connu le sujet d’une marche si singulière & si bizarre en ap-parence.

Je n’avois d’abord considéré que les difficultés & les dangers auxquels ce grandCapitaine alioit exposer son armée. A la voir au milieu de ces marais , dans les eaux& dans les boues pendant quatre marches, fans pouvoir presque s’en drer,n’auroit-oapas dit qu’il avoir des lettres de Flaminius, que ce Consul resterait immobile & les brascroisés dans son camp d’Arctium sans rien entreprendre, en si beau sujet d’agir & definir la guerre par une seule action & presque sans combat? En effet les obstacles queFlaminius pouvoit opposer à Annibal, me paraissent encore plus grands & plus in-surmontables que la marche. Encore une fois, à ne considérer cette affaire que super-ficiellement, sans creuser les motifs, on ne íçauroit s’empêcher de blâmer Annibald’avoir bazardé un peu témérairement son armée. On voit pourtant qu’il ne fit rienqui ne sût digne d’un grand Capitaine. C’étoit une nécessité qu’il prit ce chemin, bienpersuadé que lorsqu'une entreprise est fondée ssr cette nécessité, il faut fermer les yeuxfuries obstacles qui nous paraissent les plus insurmontables, & donner quelque cho-se à h fortune, sur tout lorsqu’on voit qu’en prenant un tel parti on abrège extrême-ment le tems, & qu’on ôte à l’ennemi celui qu’il lui faudrait pour pénétrer nos dé-marches & récourir aux expédiens capables de les rendre inutiles.

Les grands Capitaines ne bazardent rien fans de fortes & puisantes raisons, & leursdesseins ne font pas toujours pénétrables,je ne dis pas aux esprits communs, mais auxhommes même de grand entendement; en un mot il est difficile de les découvrir, sil’on n’est doué de certains talens & d’un génie tout militaire. L’entreprise d’Annibalétoit très-profonde, puisqu’on ne comprit jamais rien dans le sujet de sa marche, nidans ce qu’il s’étoit proposé de faire. Polybe lui-même n’y voit pas trop clair, com-me je l’ai dit plus haut. Celle de M. de Turenne en 1674. pour aller combattre l’ar-mée de l’Empereur, qui s’étoit campée entre Colmar & Turqueim , n’est pas moinsprofonde. Elle avoit la droite à cette première ville, & fa gauche s’étendoit vers l’au-tre, où l’ennemi avoit jette quelque infanterie, & où il communiquoit par un en-chaînement de postes depuis leur gauche jutqu’à Turqueim.

M. dc- Turenne avoit grande envie d’engager un combat;mais il vouloit le donnerù son avantage. II songea que s’il pouvoit se mettre entre Turqueim & la gauche des

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