j 64 HISTOIRE DE P O L Y B E,
Impériaux, il tomberoit sur leur flanc, les embrasseroit, fans qu’ils pûflènt avoir lstems de tourner leur armée pour lui faire front.
II avoir une marche très-difficile & cvès-déìicate à faire pour aller k l'ennemi. C’é-*toient des défilés très-étroits entre des montagnes & des vignobles, dont il étoit diffi-cile de fe tirer fans perdre beaucoup de terris, & c’étoit teins perdu fi les ennemis cnétoient avertis. Ces difficultés étoient grandes, mais elles n’étoient pas insurmontable?,II prévit bien dans fa marche, comme Annibal dans la sienne, ce que l’ennemi pou-volt faire mais il prévit auffi qu’il ne le feroit pas. II décampe, il s’engage dans cesdéfilés, où jamais armée n’avoit passé. Personne ne pouvoir comprendre le sujet d’unemarche si bizarre & si extraordinaire à deux pas de l’ennemi,qui eût pû aisément tra-verser son entreprise, & faire trouver en son chemin des obstacles fans nombre, &peut-être la perte de son armée.
Cette marche parut imprudente & insensée au Maréchal de la Ferté,& à biend’au-*tres anssi peu pénétrans que lui fur cette matière. 11 crut effectivement que la têteavoir tourné à M. de Turenne. II ne put s’empêcher de lui dire, que toute son ar-mée ne fçavoit que penser d’une marche si incongrue, & qu’après avoir bien sué pouren chercher le solide,il avouoit de bonne foi qu’il ne voioit goûte dans ce qu’il pou-voir y avoir de raisonnable dans cette conduite, sinon dans le'danger où il expolbit-toute son armée, qu’il appercevoit tout à plein & fans nuage. M. de Turenne lvùdessilla les yeux une heure après, & lui lerma la bouche par fa victoire.
II nous importe d’ouvrir les yeux à ceux qui pourroient les avoir fermés fur le des-sein & la marche d’Annibal dans le marais de Clusium,&leur en faire voir les motifs•autant que la profondeur de son génie pour la guerre.
Ce grand homme s’apperçut,après l’affaire de la Trébie,que fa victoire rî’étoit que.le prélude de cette guerre. II apprit que les Romains avoient deux armées en cam-pagne; l’une campée fous Aretium, commandée par Flaminius, & l’autre aux envi-rons d’Ariminum fous les ordres de Serviiius.-
Comme Annibal ne fe faisoit pas moins une étude de connoître le pais où il faisoit'ïa guerre, que le génie & l’humeur des Généraux qui lui étoient opposés,il comprit«sabord que les chemins lui étoient fermés de ce côté-là. 11 fçavoit Tailleurs que le-pais du côté d’Aretium étoit dénué de fourrages, peu favorable à fa cavalerie, & ruiné -par le séjour des armées Romaines, qui y avoient passé l’hiver. 11 craignoit que, s’ils’engsgeoit dans le païs,il ne risquât de s’enfermcr entre les deux armées,& de fe voirobligé d’c-ngager un combat d’infanterie, d’où sûrement il n’eût pû fe démêler par lafoiblefle de la sienne. Ce n’étoitpas Tailleurs le plus court chemin pour aller h Rome,,comme ii fembloit que c’étoit son dessein ;& quand même il eût eu cette entreprise envûë, le païs étoit difficile, chicaneur, rempli de défilés, de montagnes sort âpre» & •de passages à forcer. Chaque pas qu’il auroic fait, c’étoit autant de combats qu’il fal-Ioit livrer, & où fa cavalerie, en quoi il faisoit consister ses principales forces, n’eûtété d’aucun usage. Les Romains l’attendoient dans ces détroits, bien assûrés qu’ilsl’affoibliroient à la fin par les fréquentes pertes qu’ils lui feroient éprouver, ou le ré- ■duiroient dans l’état Terre aisément défait.
Ce qui inquiétoit encore pfiis ce grand Capitaine, c’étoient les défilés & les mon-tagnes qui bordent le lac de Thrafyméne. Les Romains n'en enflent pas moins disputél’entrée que la sortie. II eût trouvé des embarras fans sin, fans subsistance pour sonarmée; outre qu’il craignoit que Servilius,qui avoir une armée fur les bords de la merAdriatique, ne vînt tomber fur ses derrières, pendant qu’il auroit en tête celle de Fla-minius.
Au milieu de ces affreuses difficultés, qui lui font voir tout le péril de cette entre-