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Tome quatrieme.
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172 HISTOIRE DE PÛLYBE,

„ répandue par coude monde, que les François font incapables de régies &de djfciplf-„ ne, n’a autre fondement que l’incapacité des Chefs qui ne fçavent pas choisir les„ moiens nécessaires aux fins qu’ils se proposent Vérité qui n’a pas besoin de Com-mentaire. „ Leur courage ”, dic-il encore, „ les porte à chercher la guerre aux„ quatre coins du monde, puifqu’ils vivent comme les Eípagnols, comme les Sué-„ dois dans leur pais”, (& j’ajoute comme les Turcs dans leurs armées;) „ ce qui„ montre bien que s’ils demeurent en leurs défauts naturels, c’est parce qu’on les„ souffre & qu’on ne fçaic pas les en corriger”. Je le crois bien, ces fortes de gensfont fort rares.

§. III.

Des marches dans les marais. Précautions qu'on doit prendre dans ces sortes d'entre*,prises. Quelques exemples remarquables .

O N ne doit pas regarder cette marche d’Annibal dans les marais de Clusium ,comme une de ces entreprises extraordinaires dépendantes du hazard & de lafortune, de ces entreprises qui nous portent plus à l’admiration qu’à limitation. Lesdesseins de cet homme vraiment extraordinaire,quoique grands & vastes, étoient ré-glés néanmoins par la prudence T & jamais indiscrets & téméraires. .Ce qui fait l’in-difcrétion & la témérité dans un Général d’armée, c’est lorfqu’il lui est libre de rejet-tes ou d’embrasser un projet très-difficile & trcs-dangereux , où il y a plus de gloireque de profit; mais lorfqu’il se voit également dans le péril, soit qu’il l'exécute ouqu’il l’abandonne, des deux partis il doit choisir celui qui lui paroi t le plus honora-ble , le plus court pour aller au but qu’il se propose, & laisser l’autre qui lui semblemoins profond & moins glorieux, s’i-1 réussit, & plus honteux s’il échoue. II y a in-finiment plus de grandeur, plus de courage,de fureté & de prudence d’entreprendreune marche très-facheuse, dont la fin peut produire une action décisive dans un ter-rain désavantageux, que de prendre un autre chemin plus aisé, à la vérité ; mais quinous expose à une infinité de combats & de chicanes, qui multiplient à mesure qu’onavance, & dont on ne fçauroic voir le bout qu’après avoir perdu une infinité de mon-de,'6c qu’on n’est plus en état de rien entreprendre. Annibal envisage toutes ces raisonsdans les deux partis qu’il avort à prendre, & choisit le meilleur. Lorfqu’on prend debonnes mesures, qu’on est bien instruit des lieux & du pais, & qu’on est conduit pardes Généraux courageux & éclairés, il n’y a rien dont on ne vienne à bout.

Les moiens dont l’habile Carthaginois íe servit pour mettre à fin son avanture, fonties mêmes que je propose ici. Le secret & la diligence font les deux pôles des gran-des entreprises. L’un & l’autre dépendent de nous. Les mesures, les devants neibnt pas moins en notre pouvoir.

On doit faire exactement reconnoître la marche, fonder le marais par des gens sages& entendus. On en trouve quand un Général s’appliqoe à connoître les Officiers deion armée. Les gens des lieux font ceux de q-ui on peut tirer le plus de lumières. IIfaut se les attirer & les mettre dans nos intérêts, non par des vaines promesses, maispar des réalités. II faut répandre 1 argent à pleines mains, & leur promettre davanta-ge après l’exécution. Si on manque fur ce point, on ne se fie plus h nous, & on nefçauroit rien entreprendre où l’on puisse être assuré de réussir. L’avanee & le man-que de parole nous font mépriser des troupes & d<? ceux que nous etnploions. Lesslpions deviennent doubles, & les entreprises comme les espions.

Ceux qui font chargés de fonder un marais d’une grande étendue, doivent le faire