LIVRE UT. C'HÁP. XVÏL-
mouvement&íkns action, négligent non seulement les affaire?de l'Ê-tat, mais encore les leurs propres. II en est d’autres tellement passion-nés pour le vin, qu’ils ne peuvent se mettre au lit sans en avoir prisavec excès. Quelques-uns se livrent k samour des femmes avec tantd’emportement, qu’ils n’ont pas honte de sacrifier à cet insamç, plaisirdes villes entières, lôurs intérêts, leur vie même. D’autres font lâches6c poltrons, défaut déshonorant dans quelque homme que ce foit,maiâle plus pernicieux de tóus dans un Général. Des troupes, fous un telChef, passent le tems fans rien entreprendre, & l’on ne peut lui enconfier le commandement fans s’expofer aux plus grands malheurs. Latémérité, une confiance inconfidérée, une colère brutale, la vanité,Torgueil, font encore des défauts qui donnent prise à l’ennemi fur unGénéral, 6c juste sujet à fes amis de s’en défier. 11 n’y á point de piè-ges, point d’embufcades ou il ne tombe, point de hameçons où il nemorde. Si l’on pou volt toujours connoître les faiblesses d’autrui, 6s• qifen attaquant fes ennemis on prît leur Chef par l’end roi t qui prête lôplus.à la surprise, en très-peu de tems on fubjugueroit toute la terre.Otez d’un vaisseau le pilote qui le gouverne, bientôt le vaisseau 6c sonéquipage tomberont fous la puissance des ennemis II en est de mêmed’une armée dont on surprend le Général par adresse 6c par artifice.
C’est ainsi qu’Annibal prenant adroitement Flaminius par íòn f bible,'l’attira dans fes filets. A peine eut-il décampé d’autour de Fefules, 6cpassé un peu au-delà du camp des Romains., qu’il se mit à faire le dé-gât. Le Consul irrité, hors de lui-même, prit cette conduite du Car-thaginois pour une insulte 6c un outrage. Quand il vit ensuite la cam-pagne ravagée, 6c la fumée annonçant de tout côté la ruine entière deia contrée, ce triste spectacle le toucha jufqu’à lui faire répandre deslarmes. Alors son Conseil de guerre eut beau lui dire qu’il ne devoitpas fe presser d’aller aux ennemis, qu’il n’étoit pas k propos d’en venirsi- tôt aux mains avec eux, qu’une cavalerie íi nombreuse méritoit touteson attention, qu’il feroit mieux d’attendre f autre Consul 6c de suspen-dre ion courroux, juíqu’k ce que les deux armées pussent combattre en-semble: non seulement il n’eut aucun égard à ces remontrances, il nepouvoit même supporter ceux qui les lui faisoient. Oue penj'ent que
Le même Prince d’Orange ne connoissoit pasîe Maréchal de Bousiers : il étoit très-brave &d’une expérience consommée; mais si inquiet &si outré dans fes précautions, que dans une demiecampagne fa cavalerie fe trouvoit ruinée : la moi-tié étoit toujours à la guerre ou en détachement,& son infanterie n’étoit guéres plus épargnée : deforte qu’on étoit toujours en état de l’attaquer, &de n’avoir affaire qu’à une partie de son armée.
M y lord Mariborough avoit les mçmes défautsque M. le Maréchal Duc de Luxembourg, fansêtre plus habile : il s’en falloit de quelque chose
qu’il en approchât. Est-ce pour nous avoir pre^que toujours battus dans ia derriiére guerre de1701 ? Cela ne prouve pas qu'il fût un granBCa-pitaine, & au niveau de César, auquel les Angloisl’ont comparé ridiculement. Si M. le Duc deVendôme ne fe fût pas trouvé à la tête d’unearmée intimidée par les défaites précédentes,&■que ce Prince brave & audacieux eût renvoié àla Cour quelques Officiers Généraux de son ar-mée, comme fit M. de Turenne, ce César mo-derne eût perdu sa réputation.
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