is.f* III'STOTRE DE POLYBE,
Sur ces considérations, il ne voie d’autrc expédient pour se tirer de ce mauvais pasque d’userd’adreflè puur combattre séparément les deux Consuls,& d’attaquer Flami-nius avant l’arrivée de son Collègue. II falloir user de beaucoup de soupleflè pour en-gager le premier dans quelque sa use démarche, par des mouvemens faits k propos.•II espéroit d’autant plus de réussir, qu’il avoir affaire k un homme dont il connois-soit parfaitement l’esprit & le caractère, qui faisoit la guerre sans jugement, sons ré-flexions, sons art & sons conduite, & dont Impatience & l’humeur violente & im-pétueuse étoient aisées k irriter & k pouílèr k .bout, pour peu qu’on aidât k ces pas-sions qui dominoient si fort en lui.
II ne vit pas d’autre moien que celui de marcher du côté de son camp d’Aretium,où il remplit le païs de toutes les horreurs de la guerre. Après que cet orage fut pas-sé, le rusé Carthaginois, toujours habile k couvrir ses dcíîèins, soit mille mouve-mens opposés les uns aux autres, qui tendoient tous k donner le change à son enne-mi; & après lavoir réduit k ne sçavoir que penser ni comprendre dans toutes ces ma-noeuvres , que les plus habiles auroient eu de la peine k démêler , il tourné tout k•coup du côté de Cortonne, comme s’il eût eu deílèin de marcher vers Rome, dontil prend le chemin. Le Consul, qui se simagine, & qui remarque au loin la fuméedes embrasemens, voit so patience épuisée. II oublie les ordres du Sénat, & l'ar-mée qui marche à son secours. II ne peut regarder sixement’les incendies, la déso-lation & la ruine des peuples: démarche imprudente d’Annibal, qui se les aliéné,les éloigne de son parti & les détache de ses intérêts, qu’ils euílènt pu prendre, s’ilse sût gouverné avec plus de modération & moins de cruauté. Flaminius, qui nevoit pas que cette conduite d’Annibal étoit contre la bonne politique, se détermine,malgré les conseils des gens sages, de quitter son polie, de marcher droit aux enne-mis, & de les combattre. Les réflexions que notre Auteur soit Ik-dcffus font très-ju-dicieuses.
Dans les affaires dissiciles & délicates, où il s'agit de la gloire & du salut de tous,un Général qui est capable de réfléchir fur lui - même, pc-ut juger s’il ne se trompepas dans l’opinion qu’il s’est formée de so capacité òc de son mérite pour le guer-re, & de la confiance qu’on a en lui., par les conseils qu’il reçoit de ses amis,qui ne flattent point dans les affaires importantes. Tout ce q-u’il y avoir de gens.éclairés s’opposcnt k son sentiment, & il se voit lui seul dans le sien. Ceux qui ontune grande expérience c’e la guerre, remarquent que les esprits vains, qui n’onrque la force & le courage, manquent ordinairement de prudence, & fort indociles& présomptueux : défauts d’autant plus dangereux , que la présomption engageà des desseins téméraires ou précipités, ôe l’indociíité empêche de les aban-donner.
II eût été aisé au Général Romain , pour peu qu’il eût réfléchi sur la situation deson ennemi, & sur ses allures, de découvrir quel pouvoit être son véritable dessein.M’étoit-ce pas le sentiment des Officiers de son armée d’attendre Servilius? Se peut-ilqu’il clochât fi lourdement sons connoiflânce de cause? Avoit-il 1c sens rassis d’ofercombattre un ennemi redoutable avec la moitié de ses forces, lorsqu’il lui est libre d’at-tendre quelques jours & de le combattre avec le tout? Il se confioit trop en ses for-ces, Le encore plus en lui-même. Peut-être craignoit-il que son inaction ne refroiditle courage & la bonne volonté de ses soldats, & la confiance qu’ils avoient en lui,qui n’étoit qu’artificiêlle. En effet il trouva le secret par sés harangues, plus propresà éblouir les simples que les gens raisonnables, de leur inspirer un tel mépris de l’tn-eemi, qu’ils ne songeoienx qu’k le joindre, le battre, le lier & le mener vendre kRome, comme si c’étoit une affaire faite.
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