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Tome quatrieme.
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LIVRE III. C II A P. XVII. " is 3

quit pas ici par fa cavalerie, qui ne fut presque d’aucun usage ; mais par ion infante-,rie, quoique fort inférieure à celle des Romains.' Ceux-ci n’avoient donc pas raisond’attribuer leurs disgrâces h l’une plutôt qu’k l’autre. De bonne foi n’est-ce pas unecbofe bien ridicule que de s’imaginer de couvrir la honte d’une défaite fur l’inégalitéd’une arme fur l'autre? Si les Carthaginois fe font trouvés plus forts en cavalerie,lesRomains ne les surpassèrent - ils pas toujours en infanterie? Un Général qui mettroitde front de semblables argumens pour fe disculper d’une défaite honteuse, se justifie-roit pitoiablement. - Les Experts y trouveraient différentes preuves de son ignorance :car lorsque deux armées sont égales en nombre, & que la différence n’estque dans l’i-négalité d’une arme fur l’autre, le bon sens & les régies de la guerre ne nous appren-nent-elles pas de soutenir le foible par ce que l’on a de plus fort? Avouons-le fran-chement, les Romains n’ont été battus avec tant de honte que par la mauvaise con-duite & la mnlhabileté de leurs Généraux.

Je ne vois rien de plus sot ni de moins excusable qu’un Officier qui tombe dansune embuscade, ni rien de plus honteux & de plus blâmable qu’un Général qui s’yengage avec toute son armée, parce qu’il dépend de nous d’éviter un piège si com-mun & si-grossier: La nature des lieux où nous combattons, où nous campons, oùnous marchons, nous offre naturellement les messires & les remèdes qu’on doit pren-dre pour l’évitcr, & ces précautions niassent de la chose même, & par-là elles sontà portée de l’intelligence la plus bornée & des esprits les plus médiocres.

Le sujet de ces Observations roulera uniquement furies embuscades d’armées', &fur celles où l’on tombe de sang.froid & sans réflexion. Telle est celle de Thrafymé-ne, où Flaminius fe précipita. L’imprudence & la marche étourdie de ce Général,est à peine concevable dans un homme qui s’étoit acquis une grande réputation dansla guerre contre les Inlùbriens, dont il avoit triomphé.

Annibal n’ignoroit pas que lc Consul avoit des ordres précis du Sénat de ne rienhàzarder avant la jonction des troupes de son Collègue, qui étoient en marche. LeCarthaginois craignoit de fe trouver engagé entre deux armées dans un pais tout enne-mi, environné de places fortes, fans qu’il eût sçû de quel côté se tourner pour ses vi-vres & ses fourrages. II ne le fût pas moins trouvé embarrassé, si ces deux arniécs,réunies en une feule,l’eusiènt attaqué:1a partie fe fût fans doute trouvée trop inégalepour lui donner quelque espérance de vaincre ^particulièrement dans un tems où lesRomains, bien loin de fe trouver abattus par les défaites précédentes, parassent plusredoutables & mettent deux armées en campagne: car la journée de la Trébie ne futpas 11 complette, qu’on puisse la mettre au nombre de celles qui lassent nos forces& nos espérances fur le champ de bataille. Rome nous lait voir la puiíîànce dans lagrandeur de 1 lès pertes & l’extrémité de lès affaires. On diroit que les soldats qui ontpéri, & qui on r couvert de leurs cadavres les plaines du Tcsin & de la Trébie dansles deux campagnes précédentes, renaiílcnt dans la troisième. Annibal, qui croît n’a-voir affaire qu’aux relies de farinée de Sempronius, voie avec étonnement qu’il en adeux à combattre, toutes les deux supérieures à la sienne. Jamais Général d’nrmëene s’est trouvé dans un tel labyrinthe de difficultés , & jamais homme ne s’en estmieux & plus habilement tiré. •

II étoit averti que Servilius marchoit au secours de son Collègue avec de si puisan-tes forcc-s, qu’il fit prendre les devants à un détachement de quatre mille chevauxchoisis de fa cavalerie, pendant qu’il tirait droit k Aretium,fur favis qu’il eut qu’An-nibal marchoit k Flaminius pour le combattre : ce qui fit juger au Général Cnrthagi-ginois qu’il se trouverait plus foible en cavalerie, comme il f étoit infiniment eninfanterie.