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/Elien dit que c’étoit une vertu propre au.x Romains de n’emploier nì ruse ni. artificepour vaincre leurs ennemis. Ils ignorèrent cette façon de faire lá guerre vers la fin de laseconde Pnrsiqu-e. Les Grecs & les Africains, comme j’ai dit, n’étoient pas fi sévè-res fur cet article. Les Lacédémoniens croioient au contraire que le stratagème écoitune des principales- vertus d’un grand Capitaine, & ils avoicnt raison. Lycurgue, quiavoit fondé cette République fur la guerre,permit le larcin,pourvu qufil fût fait avecfinesse : il considéra qu’en le permettant de cette manière, il dresserait la jeunesse à ruserà la guerre,en s’exerçant à dérober finement; il trou volt de. la vivacité, de la hardiestè& de l’adresse à surprendre quelque chose de son voisin. Cela faifoit encore que lepublic fe tenoit en garde contre ces fortes de surprises. II crut que cette double insti-tution , à assaillir & à fe tenir en garde, étoit capable d’apporter de futilité pour làguerre, qui est la science qui roule fur la ruse, à quoi il vouloit dresièr ce peuple. LesGascons font soupconnés d’être un peu larrons, & ne différent en rien des Lacédémo-niens à l’égard de la guerre : ils font braves, hardis, bons soldats, & leur pais est unepépinière d’excellens Officiers. Voilà une morale militaire très-relâchée, & très-oppo-fée à la sévérité de celle des Romains: en ce cas le fameux Cartouche eût fait unegrande fortune dans ce païs-là. Je ne fçai* comment on peut admirer cet endroitdes loix de ce grand Législateur.
II y a eu pourtant dés peuples qui ne.fe fervoient d’áucune ruse'dans ìá guerre; Mar- rdon!us ( a ) rapporte que les Tibariens affignoient le lieu & le jour de la bataille. An-slibal suivit d’autres maximes, dont il fe trouva toujours bien. Les Romains blâmoiencen lui cette forte de guerre trompeuse & profonde, parte qu’ils étoient trop habilespour la mettre en œuvre. On ne l’eslimoit pas moins en ce tems-là que nous ne l’ef-ïimons aujourd’hui.. II est assez ordinaire -de décrier les talens dont- nous- manquons-;& que nous reconnoissons dans nos ennemis.. On reprochoit un jour à Démosthéneque ses ouvrages fentoient la lampe, c’étoient ses envieux qui le plaifantoient : il leurrétorqua bien vite. La lumière & vous , leur dit-il ,vous nt sympathisez pas:]e con-çois bien par où la lampe vous incommode. Dès le jour que l’on commença à faire laguerre, la ruse & le stratagème firent leur entrée dans le monde. Dans les Livres sacrésnous voions que Dieu en fournit aux Généraux du peuple Juif ; hors celui des potscassés, qui est un piège à sots & qui fait rire,les autres font fort bons. Xenophon (b')dit qu’il n’y a rien de si utile que la ruse. Thucydide ne dic-il pas que la plus grandegloire d’un Capitaine est celle qu’il acquiert fur fou ennemi par la ruse &par l’artifiee.
Plutarque dans la Vie d’Agésilas, rapporte un entretien que celui-ci eut avec Ne-cta-nebos, qui me paraît remarquable. Je le trouve si beau & si instructif pour les gensde guerre, que je me ferais conscience de n’en pas faire part à mes Lecteurs.
Le Roi Tachos se voianî abandonné de ses troupes étrangères ,prìt la fuite ; mais enmême tems il s'éleva de la ville de Mendes un autre Prince , qui s'étant révolté contreNeSlanebos ,se fit déclarer Roi ;& aìanî assemblé une armée de cent■ mille hommes, ilmarcha contre lui. Nectancbos , pour rafsùrer Agésilas , lui disoit que véritablement lesennemis étoient en tr'es-grand nombre ; mais que c étoient des troupes ramassées , & laph't-part gens de métier , qui naiant aucune connoiffance de Vart de la guerre , étoient très -misérables , csf ne méritoient pas même décamper. „ Mais ce n’est pas leur nombre que„ je crains ,répondit Agésilas , je crains leur peu d’expárience & leur ignorance, com-* me celle que l’on peut tromper. Car les tromperies à la guerre ne réussissent que
fa) Sholiajl. ad i. r. Apoll.
T) Xenophon. de Cyr. juíl. de re equístrL