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jonctures on ruine son propre païs & des Provinces entières; mais fi l’on peut les sau-ver en ruinant & en désolant celles de l'on ennemi, ne nous fera-t-il pas permis .dcchoisir plutôt ce dernier parti que de prendre l’autre?
Les calamités & la ruine de tant de peuples, causèrent mille remords h ce grandPrince dans la vìeilldse, quoiqu’il n’eût aucun sujet de s’en repentir, ni rien qui pûtblesser ta conscience. On ne peut aísez le louer de cette délicatesse, & d’avoir marquéson déplaisir sur ce point-là: semblable h Alexandre le Grand, qui conserva toute savie la douleur d’avoir ruine Thébes. Louis XIV. toujours plein de ce souvenir, &engagé dans une guerre trcs-difficile & très-embarrassmte, ne voulut jamais donner lesmains à deux entreprises d’une extrême importance, & capables de finir une guerre rui-neuse & aílèz mal conduite, & par conséquent assez malheureuse : la première décidoitde sltalie, & dc la ruine du Roi de Sardaigne ; c’étoit d’inonder le païs par l’Adigé,& d’en couper la digue dès que farinée du Prince Eugène eut passé cette rivière ; mais]\1. de Vendôme, qui en avoit écrit imprudemment h la Cour,au cas que le Généralde l’Empereur choisit ce passage plutôt qu’un autre, reçut un ordre exprès de n’en rienfaire. On supposa à la Cour que c’étoit faire périr une infinité de peuples : c’est enquoi l’on se trompoit. Quant à l’autre projet, il étoit plus grave, & c’étoit dans untout autre païs. J’avoue qu’à l'égard de celui-ci, les calamités du Palatinat n’en ap-prochoient certainement pas. II s’agisíbit de ruiner tout un païs, de le mettre fousseau, & de l’accabler fans ressource. Le Roi ne voulut jamais s’y rélourdre, & dit■qu’iî aimoit mieux perdre tout son Roiaumc que d’en venir à de telles extrémités. Là-dessus je citerai un paflàge,que le hazard ma frit trouver dans le Dictionnaire deBay-ïe. II vient ici fort à propos. Je vais le rapporter tout entier, car il en vaut bien lapeine.
„ La dévotion & la piété, dit-il, font incontestablement les plus grandes de toutesles vertus. Un Prince n’est pas moins obligé qu’un particulier à les posséder; ét„ s’il aime mieux en posséder les devoirs que de conserver ses Etats,il est devant Dieul’un des plus grands hommes du monde ; mais il est fur que selon le train des cho„ ses humaines,il n’y arien de plus capable de ruiner une nation;que la conscience„ scrupuleuse dc celui qui la gouverne. Si ses voisins fuioient comme lui, on auroit„ à espérer de sa piété le plus grand bonheur dont les Princes puissmt jouir; mais fipendant qu’ils pratiquent toutes les ruíës de la politique ”, & tontes les voies de per-te & de ruine pour P accabler & le chasser de se$ Etats , il se roidit à ne s'écarter jamaisdes régies de la Morale &“ de f Evangile, lui ses sujets seront infailliblement ìaproie
des autres nations ,& chacun dira qu un Prince un peu moins contraint fur fa consciencef- tirera beaucoup mieux d'affaire. „ Je ne parle point de cette piété qui consiste k„ faire bâtir de magnifiques Eglises, à étendre par la voie des armes les limites de fa„ Religion, & à extirper les sectes. Cette espèce de piété sert quelquefois au bien„ temporel d’un Prince, h son agrandissement : je parle d’une piété qui empêche de„ se servir des obliquités de la politique ; je parie d’une conscience qui préféré tou-„ jours l’honnêce à futile, & qui rejette toutes les maximes de fart de régner quifont contraires à f exacte probité. Cette vertu est fans doute préjudiciable par rap-„ porc au bien temporel, h cause qu’elle ne permet pas qu’on résiste aux attaques &
,, aux cabales del’ennemi. Louis VII. en est un exemple”. Mais fa piété étoit beau-coup moins pure que celle de Louis XIV. dans fa vieillesse.
La dévotion d’Agésilasme plaît beaucoup, & je f approuve dans un Roi qui croioitaussi peu à l'a religion, que Louis XIV. étoit persuadé de la sienne, toute pleine delumières & de vérités. Moins superstitieux qu’Alexandre, il aimoit ses Dieux ; il nesoïgnoir pas d’v croire pour s’attirer le respect & la vénération dc ses troupes,afin qu’èn
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