*02 H I S TO IRE DE POLYBE,
„ hommes, les navires, les fruits & les choses semblables, & nous lisons dam Titc-„ Live,” qu 'il y a certaines loix ds la guerre qu il est juste de souffrir, comme il est'juste de les pratiquer foi même;par exemple de brûler les campagnes , tf abattre les mai-sons , & d'enlever les hommes & les bestiaux. Apparemment que tes loix n’étoient pasfaites pour Annibal, & qu’il étoit le seul de tous les Capitaines auquel il ne fût paspermis de les pratiquer. II devoit nous rapprendre, afin qu’on ne l’accusât pas de tom-ber en contradiction, tant la haine qu’on a contre quelqu’un ou la préventiondéplace l'homme de son assiette naturelle.
On ne volt pas qu’Annibal ait continué dans cette mauvaise guerre : s’il eût été d’unshumeur fi portée à la cruauté, comme on le prétend, elle eût paru à Cannes, & ce-pendant I'iorus nous assûre qu’il cria plusieurs fois à ses soldats de donner quartier.Citons ic- paíìàge : Itaque duo maximi exercitus ccest ad hostium fatietatem , donec Anni-bal dìceret milìû suo;parce fcrro. La passion ne fut jamais la régie de fa conduite: ilavoit trop d’esprit pour aller contre ses propres intérêts, si la nécessité de fcs affaires nel’eût porté souvent au mal pour en éviter un plus grand. 11 lui importoit trop de nepas aliéner les esprits des peuples alliés des Romains, & de les attirer à son parti. II nclâcha la bride à ses soldats que contre ceux qui se déclarèrent contre lui. Rien ne mar-que plus qu'à cet égard il n’alla pas contre ses intérêts, que ce qu’il fit après Factionde Thrasyméne: il mit en liberté tous les prisonniers alliés des Romains qu’ilavoit faits dans la bataille, bien qu’ils fusiènt esclaves par les loix de la guerre.
Les incendies,& tout ce que là guerre offre de plus terrible, font permis, lorsquècela est néceíïàire. Qui •ell-ce qui l'ignore? Annibal emploie ces moiens extrêmes partout où il paíle, les Romains le trouvent étrange. Je le crois bien: lorsque Régulusentra en Afrique, il en fit tout autant ries Carthaginois trouvèrent cela tout-a-fait hor-rible. Je n’en doute pas. Le Consul avoit ses raisons, diront les premiers: il falloitnous les expliquer, mais aucun Historien ne s’est avisé de le faire, & la postérité setrouve à cet égard dans une craíle ignorance. Nous fçavons celles d'Annibal. Plusexacts que les Anciens, & moins prévenus contre ce grand homme, nous trou-vons qu’il n’avoit rien fait qui fut contraire au droit des gens.
„ Vous trouverez presque à chaque page dans les Historiens,” dit encore Grotiusdans le même article , „ des villes entières ensevelies dans leurs ruines,des murailles„ abattues au niveau de terre, le dégât des campagnes, des embrasemens. Avec cela„ il est à remarquer que ces choses font permises fur ceux mêmes qui se font rendus.Ijis habit ans cT Art ax aïe , dit Tacite (aj , aïant de leur ben gré ouvert les portes, fe ren-dirent aux Romains , eux & tout ce qu Us avoient : ce qui leur sauva la vie. Cet exempled’un Historien si exact, ainsi qu’un grand nombre d’autres dans l’Ecriture Sainte,fer-vents justifier Fincendie général du Palatinat au commencement de la guerre de 1688,qui fit tant de bruit dans FEurope, la destruction & la désolation de ses plus fertilescampagnes, & l’expulíîon c-ntiére de lès peuples infortunés hors de leur patrie. LouisXIV. se volant attaqué & envelopé d’une ligue formidable, & sa frontière se trouvantpeu asturée de ce côté-là, ce grand Monarque sut dans 1 a nécessité de ruiner & de nefaire qu’un desert d’un pais riche & abondant, rempli d’un grand nombre de villesconsidérables, & d’un nombre infini de peuples, d’où les ennemis eufient pû tirer depuilìàns secours,s’y fortifier, y établir de bonnes places d’armes: ce qui leur ouvroitFeutrée de la France. Ce conseil sut suivi, on entra dans le pais sens aucune résistance,tout sit joug, & cette belle & riche Province fut réduite en cendres; ce qui sauvaF Alsace, & garantit le Roiaume des invasions des armées ennemies. En certaines con-
[a) Tacit. Am. I. XIII,