LIVRE IIL CHAP. XVII. aoy
tour rapporte,on croirait que plusieurs des nôtres, fans remonter plus haut que de deuxbons siécles,ne font qu’une copie de celles des Anciens,tant j’y trouve de rapport. Jedirai plus, je vois souvent la môme ressemblance dans la conduite des Princes Lt desRépubliques,dans celle de leurs Ministres & de leurs Généraux, les mêmes défauts,les mêmes vertus,la même sagesse dans leurs conseils, la même prudence dans certai-nes entreprises, comme la même folie, des espérances ridicules de conquêtes & de ren-versement d’Empires, qui confinent à quelque conte de peau d’ours qui nous donneun grand ridicule: car la bête s’évanouit, & l’on ne peut voir fans rire que la plusgrosse bête n’est pas celle qu’on appelle Ours.
Rien ne m’a fait mieux connoître la vérité de ce que dit un Auteur judicieux dansson Ouvrage de l’éducation d’un Prince, qu 'il ejì impossible que des machines qui ontdes ressorts semblables ne se remuent pas de même façon. Si cela n’étoit pas, les nou-veautés le succéderaient les unes aux autres, les événemens ne feraient jamais les mê-mes , les vices & les vertus s’évanouiroient pour faire place à d’autres inconnus. Surce pied-là l’Histoire ne feroit d’aucune instruction, elle ne servirait que pour tuer letems,comme l'on dit,& les fautes duConsul,non plus que la bonne conduite d’An-nibal, ne nous serviraient de rien, & l’on feroit aussi peu de cas de mon Livre que decelui de la nouvelle Histoire Romaine, condamnée à une *"prison perpétuelle dans lemagasin de son Imprimeur. Cette introduction paraîtra un peu longue- à certainesgens, & fort courte à d’autres: grand sujet de la laisser telle qu’elle est.
Un Général qui a en tête un ennemi rusé & couvert , & qui le manie par des ma-nœuvres opposées les unes aux autres, qui a d’aiileurs des ordres de son Maître, tou-jours tremblant & peu assuré, de ne rien engager ; soit que ces ordres aient un secours -en vue, soit un poste qu’on croit important, soit enfin pour toute autre raison; ceGénéral n’est jamais si fort bridé-qu’il ne puifie en certaine occasion rompre fa gour-mette, prendre fur lui-même, & supprimer des ordres d’une Cour qui fe croit inspi-rée, comme si elle é-toit maîtresse du tems & des événemens, & qu’elle les tînt liés &pendus à ft ceinture. Un homme prudent & sage ne s’einbaique pasétourdiment danscertaines démarches, s’il ne voit bien clair & bien sûrement dans les mouvemens & lesdesseins de l'ennemi: s’il les trouve embarrasses, peu certains & qui sentent le piège,-s’ils font peu conformes aux avisqu’il reçoit de la Cour,il fautqu’il attende le tems,qui les démêle; & lorsque cela arrive, laisser là Le Prince ou son Ministre,qui décidede cent lieues & hors la vûë des objets, & saisir l’occasion de finir la guerre, ou desauver une frontière de son Maître par un coup de grand éclat & de tête. Ne pasen-fraindre fes ordres dans un tel cas,je dis moi qu’on commet une grande faute: car ilvaut'mieux combattre fans le secours, lorsque ie tems &Toccasion nous pressent,quede les laisser échaper. - Mais lorfqu’il n’y a aucune des raisons qùe je viens de dire, -c'est une folie que de mettre les affaires au nazard. II est aisé de connoître, pour peuqu’on ait d’expérience, si certains mouvemens, certaines démarches font vraies oufausses. rlaminius fut la dupe d’Annibal, & tròs-grosiè dupe. 11 faut vouloir tout lecontraire de ce que Pennemi veut, être dans une perpétuelle défiance de certains mou-vemens qui signifient plusieurs desseins, & qui nous remplissent de doutes & dincerti-tudes qu’on ne peut deviner, & le tems les découvre. La diligence & la promtitu-de réparent souvent le défaut de notre prévoiance. C’est le seul remède qu’on y puisse-'opposer.'-
*'L’Auteur a corrigé cet endroit dans VErratá; ' „ C’est une méprise, dìt-ìì, que je n’ai farté„ que pour avoir jugé un peu trop favorablement du goût du public. On dit que ia plus glande,, partie de cette Histoire étoit vendue avant que de paraître.
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