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Tome quatrieme.
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«c6 HISTOIRE DE P O L Y B E,

Il vaut mieux abandonner une Province h tous les maux de la guerre,que d’expoferun Roiaume entier par la perte d’une bataille. La patience eil salutaire dans ces 1 or te sde conjonctures. On change l’état de la guerre selon ce que l'on voit, lorsqu’on ne peutdeviner, & le teins fait connoìtre la conduite sage & prudente d’un Général, commecela arriva à Fabius, qui ne vouloit rien engager témérairement & fans de puisantes rai-sons, contre un ennemi qui se voioit toujours dans la nécessité de combattre ou de mou-rir de faim. Cette nécessité étant plus redoutable que toute autre situation, la circon-spection ell nécessaire: c’est une puissante raison pour nous porter à ne rien engager in-discrètement, h moins qu’on ne trouvât l’occasion (ì favorable , qu’en tut comme assu-ré de la victoire ; indépendamment du secours. A cela près on doit attendre qu’il soitarrivé. Un Général qui se gouverne tout autrement, qui se laisse emporter à son cou-rage & à l’ardeur imprudente de ses troupes, qu’il a lui-même trompées par les artificesd’une rhétorique fanfaronne nomme celle du Consul Romain,grand Orateur & mau-vais Général, & qui attaque malgré les ordres de la Cour,quand - même il remportc-roit une victoire complette & décisive ; s’il a donné à la fortune fans une raison plusque probable de réussir,ou fans faire voir une nécessité indispensable d’outre-paflèr sesordres,il ne mérite pas moins d’être puni;parce que la faute porte avec elle des con-séquences dangereuses, & qu’elle ne peut se justifier par cette nécessité plus sorte queles loix. Les Grecs & les Romains ne pardonnoient jamais ces sortes de fautes, &les heureux succès ne jullisioient pas la désobéissance.

Si un Capitaine, nonobstant ce que je viens de dire, est flatté par la bonnevolonté de ses troupes & leur envie de combattre, par leur nombre & lc-urvaleur, ou par l’occaston qui lui paraît favorable, il doit au moins prendre lesmesures & les précautions que les régies de la guerre & le bon sens nous four-nissent.

Lorsqu’on est informé qu’on a un défilé à passer entre des montagnes & un lac,ouune rivière , on doit faire un détachement de l'armée plus ou moins considérable, selonles nouvelles que l’on a de l’ennemi. Ce corps de troupes se saisira des issues & deshauteurs qui dominent le plus fur la marche, & des valons qui y aboutissent. Ces me-sures prises, on fait travailler aux chemins, on ouvre des routes sur les hauteurs, si ce-la se peut, sinon on raccommode le chemin ordinaire, on l’applanit,on tâche de l’é-largir également par tout: car de laisser des endroits plus étroits aux uns qu’aux autres,c’est comme si l’on n’avoit rien fait, puisqu’on est obligé de défiler en ces endroits;ce qui retarde considérablement la marche : & comme il se rencontre ordinairementdes ruisseaux & des ravines dans ces sortes de situations, on construit des pontsfur les uns, & l’on met en rampe les autres.

Lorsque nous entrâmes en Catalogne dans la guerre de 1719. contre l’Efpagne, nousavions si peu reconnu la marche, qu’on s’imagina qu’il étoit des marches des monta-gnes comme de toutes les autres, où les routes ne sçauroícnt guéres nous échaper,&íont connues de tout le monde. On avertit qu’il y avoir deux chemins, on se réglalâ-dessus fans prendre la peine de les faire reconnoître. Celui de la cavalerie étoit lechemin ordinaire; maisîl y en avoir un autre propre pour l'infanterie, qui prenoit àdroite de Bellegarde dans la vallée & fur les hauteurs. Celui-ci fut négligé, parce qu’ilétoit inconnu. On prit l’autre jufqu’à Bellegarde; mais dès qu’on y fut arrivé, on neie trouva plus; on avoir négligé d’avoir des guides:de sorte que ceux qui étoient à latête de la Colonne de l’infanterie, crurent qu’il n’y avoit que le seul chemin par où lacavalerie marchait pour aller camper h la Jonquére. On se trouva fort embarrassé lors-que mon frère, Capitaine dans le régiment de Vivarais, se souvint de ce chemin, oùia Colonne de l’insanterie de l'armée de M. le Duc de Noailles avoit autrefois passé.