Band 
Tome quatrieme.
Seite
208
JPEG-Download
 

2oS HISTOIRE DE POL Y B E,

affaires les plus épineuses,il lui en arriva une h Mariendal, où peu s’en fallut qu'il irefût entièrement défait: il le vit obligé de tout abandonner, & de faire fa retraite eudifscrentes mutes.

Quand une marche eiì bien concertée & bien ordonnée, lorfqu’on fe trouve surpris& attaqué a fimproviste, on a cet avantage de le trouver en état de fe défendre , detenir tète à son ennemi, de fe reconnoìtre, & de recourir aux remèdes : car si l'on veutfe guérir de cette idée de surprise, qui est souvent plus dans l’imagination que dans lachoie même, lorfqu’on marche en bon ordre, on peut remédier au reste, & letirer d'un mauvais pas par un bon effort. Or un habile Chef de guerre qui mar-chera de telle forte que ses Colonnes puissent fe démêler aisément & fe former parun mouvement simple & aisé, à certains égards on ne peut pas dire qu’il ait étésurpris. Celui-là l’est effectivement, qui marche en désordre, ou dans un ordre peuconforme à la situation des lieux, pour éviter les malheurs qui suivent les grandesembuscades.

M. de Montécuculi (cs) dit que F ordre de bataille qu'on a dans Vidée ou dejjìnéfur le papier , sert de régie à Pordre de marche. Cette régie n’est pas toujours vraie,j’en ai dit les raisons plus haut. On doit régler fa marche suivant le pais qu’on traverseen allantà l’ennemi: si on entre dans un pais de montagnes pour entrer ensuite dans lesplaines, on régie fa marche dans celles-ci, selon la disposition projettée de combattre;mais il y a des changemens à faire lorfqu’on entre dans un défilé. Bien des gens dirontqu’il faudroit changer l'ordre à tousmomens, & autant de fois que le pais change.Qui peut en douter, si l’on a un long terrain à traverser qui diffère de l’autre qu’onvient de quitter; La fin de l’ordonnance de la marche n’est-elle pas de pouvoir se chan-ger tout d’un coup & par des mouveiucns simples en ordre de bataille? Souvent on estobligé de faire marcher à la tête ce qui est à la queue, quelquefois on entre lasse une ar-me avec l’autre: la nature du pais en est la régie. Ceux qui ignorent la science desmarches, qui n’ont ni principes ni système, ne Raccommoderont pas de ce que je dis ici ;■mais pour peu qu’ils aient de principes & d’expérience, ils comprendront que rien n’estplus facile que de varier mille fois une marche, & fa tourner de tous les côtés ,& de tousles sens.

Lorfqu’on entre dans un défilé entre de hautes montagnes & un lac, rivière ôumarais, si l’on ne peut marcher que fur deux grosies Colonnes, dont la tête dechacune est d’une manche, l’infanterie doit faire la Colonne-de la gauche, si l’ona les montagnes à gauche, & la cavalerie entre cette Colonne & le lac. On mar-che par l’a'ìle, c’est-à-dire, que le flanc des bataillons doit être la tête de la marche,les bataillons & les escadrons à la queue les uns des autres fans intervalles entr’eux ;mais ferrés & tout d’une pièce en maniéré de phalange , c’est-à-dire, fur une gran-de profondeur. Si l’on est attaqué, toutes les troupes feront un quart de conver-sion, & chaque corps d’infantcrie formera une Colonne d’une feule section. Onpeut juger si cette infanterie rangée dans cet ordre, & fur une fi grande profondeur,peut être aisément attaquée & enfoncée, sinon dans un ordre semblable, la cavaleriesoutient. Peut-être qu’on me dira que si cette infanterie est rompue , elle se ren-•verserasur la cavalerie: supposé qu’elle n’y soit pas, où ira cette infanterie, si ellea un lac à dos? Cette objection feroit peu sensée, la cavalerie peut être de quelqueusage dans un accident ; outre qu’elle augmente le courage de l’infanterie qu’elle sou-tient , & la met dans la nécessité de vaincre ou de mourir à la peine.

L’artiilerie, c’est-à-dire, les pièces de régiment ou de campagne, fera distribuée à la

Colon-

Ça) Mem. Liv. I. Ch. 4.