LIVRE IIL C II A P. XXVII. 22Z
tent en haleine ,pour les péchés de leurs maris. Si j’en donnais le catalogue, je nefìni-rois pas si-tôt. Celle du vin & des liqueurs fortes, qu’on eût dû laiiser en propreaux pcun'es duìNord, a gagné ceux du Midi,& les femmes en ont été éprises com-me les hommes. C’étoit la feule chose qui leur manquait pour les achever: Bacchusn’avoit point encore de femmes dans fa confrérie ; mais les y voilà aujourd’hui reçues,de forte qu’fl faudra agrandir son Temple: car le moien d’y pouvoir entrer! Si nos pè-res f voient Ja têrc- hors de leurs tombeaux, que diroient-ils? II ne faut pas douter queM. Dernier, Médecin de Blois, ne leur ait appris cette nouvelle. Je n’ai pas lù sonLivre, mais heureusement Bayle me fournit le paílige. Otti auroìt cru , dit-il, que
le s femmes . aur oient ajouté 1e tabac & l'eau de vie à tant d'autres débauches ,
dont elles font vanité depuis plus de trente ans ? Elles ne portent encore que des baril-lets d'eau de vie à leur coté , qui fçait fi avec le teins elles n'y porterent pas des barils?Puifqu’elles font aujourd’hui en possession de ce vice, & qu’elles portent les barillets,il faut espérer qu’il en fera comme des paniers, qui augmentent tous les jours de cir-conférence; on en viendra bientôt aux barils, qui feront une partie de leurs équipages,& que le chien de leur Cocher fera obligé de leur céder fa place. Voilà donc les barilsentre deux Pages & le Cocher, pour s’en servir au besoin: le vin, le jeu, les hommes& un luxe affreux, voilà le partage des femmes. Donc le vin, le jeu, les femmes &un luxe égal, disent les enfans qui voient tout cela, nous peuvent être permis. Pour-quoi n’imiterions-nous pas les exemples de nos pères & de nos mères? Des gens quicommencent de si bonne heure h voir ces déréglemens dans leurs parens, lorsqu’ils lesont fans ceíse devant les yeux, s’y abandonnent fans peine, & à mille autres énormi-tés. Quoi de plus doux ! Seront-ils bien capables de s’en corriger & de les déracinerde leur cœur, s’il faut aller à la guerre? Je conclus de là qu’il est impossible ou pres-que impossible qu’ils se tournent jamais vers les vc-rtus, fans lesquelles on esttout-à-faitincapable de commander les armées, & de sc distinguer dans un métier où il en fautun si grand' nombre pour s’en rendre véritablement digne. Passons maintenant à l’arti-cle des Généraux lâches & poltrons : Polybe les épargne un peu , &ce qu’il en dit esttrès-judicieux & très-vrai.
§. IV.
La lâcheté naît d i luxe & de la superfluité. Rien de plus dangereux pourun Etat que ce vice. L'Education peut en guérir.
P iLutarque prétend que la lâcheté â? la mollesse ne font pas le fruit du luxe , de lapompe & de la superfluité , comme le prétendent la plupart des hommes ; mais quellesfont d effet d'une baffe & mauvaise nature qui suit des mauvaises opinions. La notemarginale de M. Dacier mérite d’être rapportée. „ Ce principe est certain, dit-il, le,, luxe, la pompe & la superfluité n’engendrent pas la lâcheté & la mollesse. „ Si,, cela étoit, il n’y auroit pas de Prince ni de grand Seigneur qui ne fût lâche & mou.„ Ces vices viennent d’une nature baise & mauvaise. Mais il faut avouer que si les dé-,, lices ne les engendrent pas elles les entretiennent & les fomentent, & empêchent„ qu’une ame baise ne vienne à fe relever : elles achèvent de l’abattre.
M. Dacier me le pardonnera T je ne vois pas que ce principe soit aussi certain qu’il sefimagine du luxe, de la pompe & des fuperfluités. Tous les mauvais penchans poul-ies voluptés en découlent, & de celles-ci l’amour de la vie & un très-grand désir de fela conserver & de fuir toute occasion de la perdre : puisque nous possédons tout ce qui