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HISTOIRE DE POLYBE,
Du corps dti grand Rantzau tu n as qu'une des parts ;
Vautre moiíìé resìa dans les plaines de Mars\
II dispersa par tout jes membres & fa gloire:
Tout abattu qu il fut U demeura vainqueur ;
Son sang fut en cent lieux le prix de fa v Moire ;
Et Mars ne lui laissa rien d”entier que le cœur.
ïl y a bien des Guerriers qui font forcis sourds des plaines de Mars, qui préfére-roienc les blessures du Maréchal à celle-là, & qui ne balaneeroient pas un seul mo-ment dans le choix.
Bien que ce défaut de trop boire soit tout-à sait indigne d'un honnête homme, ill’est encore plus dans un Prince qui s’y laifie aller : car s’il n’est pas surpris à laguerre, il Test par ses Ministres, par les flatteurs, par ses compagnons de débauche,ôí dans les jugemens qu’il rend fur des affaires importantes.
Je reviens encore à Philippe : il faut avouer que jamais Prince n’eut tant de vices& tant de vertus. Me voici fur le définit de l’intempérance. Ce qu’il y a de surpre-nant, c’est que son fils Alexandre ne lui cédoit pas de ce côté-là. II s’enyvroic com-me son père; mais le vin de celui-ci étoit moins mauvais que celui de l'autre: disonsplutôt que Philippe en prenoit avec moins d’excès. Ce que je vais dire en est unebonne preuve.
Une femme s’étatit adressée à ce Prince pour implorer fa justice dans un tems unpeu trouble, c’est-à-dire à l’iíîuc d’un long repas. Elle lui expose ses raisons : ellesne lui paroiflènt pas aflez persuasives: il la juge, la condamne, & la fait retirer. Sur-prise d’un jugement qu’elle croit injuste, elle le regarde & lui répond:/s/7 appelle.Comment , dit Philippe, de votre Roi '? &' à qui '? A Philippe à jeun , répliqua-t-elle.La maniéré dont ce Prince reçut cette réponse,dit un Auteur, í'eroit honneur auRoile plus sobre. II examine laffaire avec plus de maturité, il reconnoît que son juge-ment n’est pas équitable, & se condamne à le réparer.
La qualité de buveur insigne chez les anciens Perses n’étoit pas de petite considé-ration , & les faiseurs d’éloges ne la laisibient pas échaper lorfau’il leur arrivoit de ha-ranguer quelque Satrape, ou le Roi lui-mème. C’étoit l'endroit qui plaîsoit toujoursle plus. Si les flatteurs d’Artaxerxès le mettoient en œuvre dans leurs discours, Cy-rus le jeune son frère prétendoit qu’il étoit indigne de cet éloge, & qu’il n’étoit rienmoins que cela. 11 disoit aux Chefs des dix mille Grecs qu’il avoit pris à là soldecontre son frère, qu’il étoit un auíîî méchant buveur que mauvais Capitaine, &qu’il s’entendoit infiniment mieux que lui à ce métier-là. S’il eût parlé à des Alle-mans, il eût fiait des jaloux; au lieu que des Grecs dûrent rire de cette vanité.
je fuis surpris comment Xenophon a laissé passer cette vanteriede Cyrus fans quel-que réflexion de fa façon, car les Grecs ne pafloient pas pour aimer beaucoup le vin.Les Romains s’y adonnèrent après la conquête de l’Asie. Avant ce tems là non feu-lement il n’étoit pas permis aux femmes d’assister aux festins, mais l’usage du vin leurétoit encore interdit. Cette coutume s’évanouit dès l’instant que le luxe & la corrup-tion s’introduifirent dans Rome. L’un & l’autre devinrent 6 grands, que les femmesbuvoient & s’enyvroient aussi déterminément que les hommes, de forte que Cyrusse fût trouvé très-embarrassé de leur tenir tête. Sénéque n’est pas le íèui garant decette vérité, il y a bien d’autres Auteurs qui nous l’assûrent.
II y a quarante ans que les femmes ne fçavoient ce que c’étoit que de boire du vin ,cette passion leur étoit inconnue : elles en ont assez d’autres qui les occupent & les met-