^3 HISTOIRE DE POLYBE,.
il ordonna expressément k Minucius (a) de penser beaucoup moins kremporter quelque avantage fur les Carthaginois, qu’k empêcher qu’ilsn’en remportassent fur lui. Mais ce Colonel fit íi peu cTattention k cetordre, que, pendant qu’il le recevoit, il n’étoit occupé que de la pen-sée de combattre. Tel étoit Tétât des affaires en Italie.
En Espagne, Asdrubal aiant équipé les trente vaisseaux que son frèrelui avoit laissés, & y en aiant ajouté dix autres, fit partir de la nou-velle Carthage quarante voiles, dont il avoit donné le commandementk Amilcar : púis aiant fait sortir les troupes de terre des quartiers d’hi-ver, il se mit k leur tête ; & faiíant ranger la terre aux vaisseaux, il lessuivit de dessus le rivage, dans le dessein de joindre les deux armées,lorfqu’on lc-roit proche de TEbre. -Cnéius averti de ce projet des Car-thaginois, pensa d’abord k leur aller au-devant par terre; mais quand'il sçut combien Tannée des ennemis étoit nombreuse, & les grands pré-paratifs qu’ils avoient faits, il équipa trente-cinq vaisseaux, qu’il fit
jamais. Les Dieux furent pour lui, & lis 1 mous-sent été contraires s’il l’eût abandonnée d’un ins-tant. Us se déclarent toujours pour les plus ha-biles, & toute la dévotion des ignorons ne sertde rien, Ces Dieux feront des miracles tantqu’il leur plaira, mais non pas de ceux qui fe-ront remporter des victoires: car rien de plusborné que le pouvoir des Divinités du Paganis-me. Cependant AurélieH disoit que toutes cel-les qu’il avoit remportées étoient un présent deses Dieux. Les Romains tenoientle même lan-gage.
(a) II ordonna expressément à Minucius da penserbeaucoup moins à remporter quelque avantage furles Carthaginois , qu’à empêcher qu’ils n en rem-portassent Jur lui. ] Le discours que Fabius tientau Général de la cavalerie, se trouve tout entierdans Tite-Live,ou pour mieux dire cet Auteurle tire de fa tête, selon sa coutume. II n’y aqui que ce soit qui puisse lui en sçavoir mauvaisgré, il n’est jamais trop long à ses Lecteurs parles bonnes choses qu’il dii,& par les charmes deson éloquence. II n’y eut que Minucius qui pûtle trouver ennuieux, car son dessein ne fut jamaisd’ajouter foi à la sagesse des conseils de Fabius.Ii faut lui pardonner, il n’étoit pas assez habileni assez prudent pour faire la guerre fur un sem-blable principe que celui de son Dictateur. 11 é-toit brave, à puis c’est tout. 11 fit fi peu d'atten-tion à cet erdre, dit mon Auteur , que perîdantqu'il le recevoit , il n'étoit occupé que de la penséede combattre. Voici ce que Tite-Live fait dire àFabius : je le tire de la version de Du Ryer. II.s’en faut bien qu’il approche de l’éloquence de sontexte ; niais je l’aime beaucoup mieux que le pré-cieux de la nouvelle Histoire Romaine, si révé-ré dans le Dictionnaire Néologique, que l’Auteur■aurait pû un peu mieux remplir;c’est négligen-
ce ou peut être jalousie, car enfin il y a mille en-droits remarquables qu’il a écartés, & cela con-tre fa conscience.
Fabius étant prêt à partir , pria Minuciusde croire pilulôt le conseil que la fortune, U qu’ilimitât plutôt son Dictateur que Sempronius Fia-minius, qu’il ne s’imaginât pas que l’on n’eût rienavancé , parce que durant tout l'été on n'avoitfaitautre chose que d'amuser l’ennemi', que quelquefoisles Médecins profitent plus par le repos que par lesremèdes qui émeuvent les humeurs-, que ce n’étoitpas peu de chose que d’avoir cessé d'êtrevaincuparun ennemi si souvent viftorieux, d'avoir trou-vé le moien de reprendre haleine après tant de per-des b tant de malheurs. Fabius raisonne de lusorte parce qu’il connoît Annibal. On n’en fi;au-rait faire un plus grand éloge,qu’en avertissantcelui auquel nous laissons le commandement deI’armée ,de ne rien bazarder contre un Capitai-ne si redoutable, & qu’il faut être aussi grandhomme que lui & aussi habile pour l’attaquerctpour le combattre ; mais ces sortes de remontran-ces sont inutiles dans un Général ignorant, pré-somptueux, qui se croit capable, parce qu’il estbrave. Qu’arrive-t-il? Ces sortes de Généraux fafont battre honteusement, & ils sont contraintsd’avouër qu’ils n’ont Pcxpérience de rien: il estcependant r are qu’ils en conviennent. 11 s’entrouve peu dans le monde à qui cet aveu necoûte beaucoup à faire : c’est une très-granderareté, & l’on verra que Minucius avoue fran-chement & en galant homme qu’il fç ait se con-naître & se corriger:car il le publie en présen-ce de Fabius & de toute i’armée, à regarde sonGénéral comme son Maître, & plus capablede commander qu’il ne l’étoit lui-même. Jene vois rien de plus grand que cela > ct plusdigne de l’ancienne vertu Romaine.