Band 
Tome quatrieme.
Seite
237
JPEG-Download
 

LIVRE III. C K A P. XX. 2 #

qifil y avoit là .quelque ruse de guerre, il ne branla point de ses retran-chemens,'& attendit le jour, fans se départir de la résolution qu’ilavoit prise de ne point s’engager dans une action générale. CependantAnnibal profite de son stratagème. La garde des défilés n’eut pas plu-tôt quitté son poste, qu’il les fit traverser à son armée & au butin,tout passa lans le moindre obstacle. Au jour, de peur que les Romains,qui étoient íur les hauteurs, ne maltraitassent ses armés à la légére, illes soutint d’un gros d’Espagnols, qui aiant jetté fur le quarreau envi-ron mille Romains, descendirent tranquillement avec ceux qu’ils é-toient allés secourir. Sorti, par cette ruse, du territoire de Falerne,il campa enluite paisiblement où il voulut, & n’eut plus d’autre embar-ras que de chercher où il prendroit ses quartiers d’hiver.

• Cet événement répandit la terreur dans toutes les villes d’Italie, tousles peuples desespéroient de pouvoir jamais se délivrer d’un ennemi sipressant. La multitude s’en prenoit k Fabius. Quelle lâcheté , difoit-on, de n’avoir point fait usage d’une occasion lì avantageuse! Tousces mauvais bruits ne firent aucune impression fur le Dictateur Obligéquelques jours après de retourner k Rome (</) pour quelqpes sacrifices,

(a) Obligé quelques jours npris de retourner dRome pour quelques sacrifices.^ La consternationfût grande á Rome , dès que l’on eut appris quenon feulement Annibal s'étoït dégagé de ce mau-vais pas fans la moindre résistance &’fans aucuneperte .-niais encore que tout ce qui s’étoit trouvéfur les hauteurs entre !e camp de Fabius & lepassage forcé, avoit été taillé en pièces, & quele reste s’étoit sauvé comme il avoit pu. Cettenouvelle, augmentée encore par les bruits de larenommée, & par les lettres de Minucius&dé-ceux de fa cabale, obligea les Romains à recou-rir à r.'ististance des Dieux, selon leur coutume,dans leurs plus grands malheurs : car c’est dansces occasions où ils recouroíent le plus à l’assistan-ce divine. On ne fe presse point trop lorfqu’ilfaut les remercier pour les bons succès; mais dansles calamités publiques, on y a recours avec toutl’appareil & l’attirail possible de dévotion ,& furtout à la veille de quelque grand événement, d’oùdépend le salut ou la gloire de tous. Nous imi-tons parfaitement cette méthode des Anciens : jen’ai garde d’y trouver à redire, car nous ne som-mes pas moins louables qu’eux, mais nous sommesbeaucoup p lus sensés aujourd'hui que les Romainsne l’étoient en ce tems-’à. Quoi déplus ridiculeque de rappelier Fabius à Rome, & de lui fairequitter son armée , où fa présence est nécessaire :non pour en mettre un autre en fa placeparpurmécontentement; mais pour le prier d'affistcràUne cérémonie de dévotion , à un sacrifice. Peut-on voir rien de plus fou & de plus insensé quecette conduite ? Fabius abandonne son armée, &

la laisse fous la conduite d’un franc étourdi contre’le Général du monde le plus redoutable, & le tout’pour un acte de bigotterie & de superstition. Si'le Sénat n’avoit alors à délibérer gravement que'fur de pareilles fottiles, il faudra qu’on m’avouëque ce que j’en ai dé j a dit, & ce que j’en diraiailleurs, ne peut être contesté : car jc ne vois riende plus misérable que fa conduite en tout juí-qu’nprés la bataille de Cannes, où les cervellescommencèrent è devenir un peu plus raison-nables par l’expérience de leurs fautes.

L’Empereur Aurelien dans fa guerre contre lesMarcotnans & les Juthonges, après quelques'succès, tomba dans les plus grandes adversités:car leur aiant refusé la paix après les avoir ac-culé? dans un mauvais pas, d'où il fembloitqu’ils ne s’en tireroient jamais qu’en implorantla miséricorde de ce Prince , ils trouvèrent lemoien de fe dégager d'un pas si dangereux, &entrèrent ensuite en Italie, où ils portèrent tou-tes les horreurs de la guerre, Atirélicn fe vitau bout de fes ressources, alors il recourut à fesDieux &à fes Déesses pour fe les rendre favora-bles' dans l’extrémité où il fe trouvoit. II écri-vit au Sénat de les prier tout de son mieux, &de consulter les Livres des Sibilles. Cette céré-monie fe faifoit avec une si grande magnificen-ce, qu’il en coútoit extrêmement : la dépenseépouvante le Sénat. L’I'Impereur le presse & luipromet de fournir à tout,- mais ce grand hom-me, bien que peu éloigné de Rome. ifcutgar-de d’aller assister aux processions & aux sacrifi-ces , & d'abandonner fo» armée. 11 ne la quitta

Og 3