2fó histdirs.de polybe,
„ )ieu qu’en donnant à Fimproviste ”, (lorsque Foccafion paroît favorable,) „ on„ est coiiime certain de remporter la victoire.
Après avoir bien réfléchi’sur cette conduite du Général Romain ,je la trouve un peumoins excusable que je ne l’ai cru. Je suis persuadé que le plus honorable est d’être lepremier à attaquer, Òt fur tout lorlqu’on se trouve avoir en tête un ennemi plein deressources & entreprenant, que rien n'arrête dans ses entreprises, ni la nuit,ni le mau-vais tenis, ni les obstacles du pais, ni ceuxqu’on lui fait trouver en son chemin. 11faut considérer que les plus belles aérions de la guerre se font par un coup de désespoir.Annibal ne pensoit tout au plus qu a amuser par son stratagème, & à forcer le passage,quoiqu’il lui en pût coûter, & il ne lui en coûta presque pas un seul homme dans undéfilé qu’il trouva dégarni, où Fabius négligea même de lè retrancher. Ce qu’il y ade plus à blâmer dans fa conduite, c’est qu’Annibal maître du passige, coupe la retraiteaux troupes qui combattoient fur la montagne, du côté où les beufs étoient montés,suivis des armés à la ìégéve qui les chassaient devant eux : ils surent attaqués fans qu’ilspûíïènt être secourus, Annibal les fit charger, & la plus grande partie fut taillée enpièces. Cette disgrâce est grande, & l’inaction du Dictateur peut être mise au nom-bre de ces fautes qui ne se justifient pas aisément au tribunal des gens de guerre: tantil est véritable que le moindre délai que l’ennemi nous donne enfle le courage, nousouvre l’esprit, & nous fourni: mille ressources pour nous tirer des plus grands périls.L'expérience mus apprend , disoit le Comte dTJarcourt, qui fit tant de belles actionsfous le régne de Louis XIII. que s'ìl y a des malheurs imprévus , on trouve aussi jouveniun bonheur qu on ríauroit jamais ojé se promettre.
Fabius, informé que les Carthaginois passaient à Fendroit où il avoit laissé les qua-tre mille hommes, y courut avec des troupes; mais Fennemi s’y trouva fi fort & fibien établi,qu’il fut impossible aux Romains de les en déloger; ils n’oí'érent pas mêmeFcntreprendre. Tite-Live parle d’une action qui s’engngc-a au bas de la montagne;mais comme notre Auteur n'en parle pas, & que l'autre m'est suspect, je n’ai garded’y appliquer des réflexions: car quant à celle qui se pafla sur la hauteur, ce ne sutqu’après qu’Annibal se fût rendu maître du passige. Quoiqu’il en soit, fi l’on prendles choses à la rigueur, le Général Romain n’ert pas exemt de blâme h Fégard des or-dres qu’il donna à FOffìcier qui commando! t au passige du défilé. Un Général ne íçau-roit trop exactement les détailler & les expliquer,non pas seulement de bouche,maispar écrit, & particulièrement à ceux de la capacité desquels on doute. Mais fuis-jeassuré que le Dictateur ait manqué fur ce point ? Non certainement : qui peut le fça-voir? Notre Auteur ne le blâme ni ne l’excufe dans cette affaire,de fortequ’on ne sçaitsi c’est par ordre ou par bêtise que ce poste fut abandonné. Tite-Live est plus exact,& peut-être est-il mieux informé; car il rapporte, dans fa troisième Décade, queceux qui gardoient le passige, voianc ces feux errants & répandus fur le sommet deces montagnes, & ne íçachant que penser d’une chose fi étrange,l’abandonnérent, soitpar crainte, ou qu’ils crussent que les ennemis,maîtres du haut,ne vinfíènt fondre fureux & fur leurs derrières. Ils s’imaginérent qu’ils pafleroient de ce côté-là, & qu’ilfalloit les en chaflèr avant qu’ils s’y fuflent établis, pour assurer leur retraite. Ils ycourent donc en hâte : quelle dut être leur surprilè, lorsqu’ils fè trouvèrent au milieud’un troupeau de beufs! Ils les prirent d’abord pour autant, de monstres, qui souf-stoienc feux & fiâmes de leur gueule & de leurs narines.. 11s font halte, étonnésd’une chose si merveilleuse ; mais s’en étant approchés de plus près, ils s’apperçoiventque ce n’est qu’une ruse, & que ces animaux, coeffcs de fagots enflammés, n’étoientsuivis, comme je l’ai dit plus haut, que de l’infanterie légère d'Annibal, qui les
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