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Tome quatrieme.
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LIVRE III. C II A P. XX. 257

chassoit devant eux, & qui montoit par différens endroits de la montagne les moinspraticables. Cette infanterie, apperccvant rennemi à la clarté de ces feux, & parmices animaux, & les voiant en grand nombre, prend l’épouvante & la fuite. Les Ro-mains s’imaginent que ce n’est qu’une amorce, pour les attirer dans une embuscade;& comme la nuit rend les moindres choses terribles , chacun craint & s’évite réci-proquement, Le fuit, fans lavoir où il va. Tout le reste de la nuit fe passe dansces manœuvres & en escarmouches jufqu’au jour, qui laissa les Romains aussi hon-teux que persuadés que les beufs, qu’ils voioient, étoient ce qu’il y avoit de moinsbêtes parmi eux.

Ce que dit ici Titc-Live justifie le Dictateur de la sottise de sature, & ne le fauvepourtant pas du blâme d’avoir manqué l’occaíìon & remis au lendemain ce qu’il dévoieiàiit' le jour même, faute dont bien des Généraux fe font mal trouvés. Ce Généraln’est pas même exemt de répréhenfion à l’égard des précautions & des ordres qu’ildonna, comme je pense l’avoir dit. Quand un Général confie un poste important àun Officier de son armée, qu’il lui en fait voir toute la conséquence, il doit lui or-donner, fur toutes choses, de n’agir pas autrement que ne portent ses ordres, de con-server & de n'abandonner jamais son poste , quelque chose qu’il puiflè arriver : s’ilfait au contraire & à fa tête, il doit être noté d’infamie, & puni selon les loix dela guerre. Passons à la conduite du Général Carthaginois.

Les plus grands Capitaines, tels qu’il puiíìc-nt être , n’ont pas été exemts de fau-tes. César & M. de Turenne, que nous devons regarder comme les deux plusgrands & les plus parfaits modèles qui aient paru dans le monde, l’un parmi les An-ciens , & fautre chez les Modernes, n’ont pas été fans reproche dans quelques en-droits de leur vie militaire. Le portrait qu’Homére nous fait de fes Dieux, n’estque pour nous faire voir que si ceux-ci clochent de toutes les façons, si Mars mê-me fait des sautes, à quoi ne doit-on pas s’attendre des hommes? Ne sont - ils pasbien ridicules de prétendre qu’on ne les relevera pas dans les leurs? César nous en fait,voir dans fes Commentaires, & M. de Turenne s’c-ntretient des siennes avec les Of-ficiers de son armée. Bien des gens, pour fe dispenser de la peine de l’examen, s’entiennent au jugement de quelques gens éclairés en faveur d’Annibal fur cette assaire-ci, II paroît pourtant que ces derniers ne Pont pas mieux examinée que les autres.Peu de lignes me suffisent pour faire voir qu’ils se sont trompés. Je ne pense pas qu’onm’accuse de vouloir diminuer la gloire de ce grand Capitaine, je le reconnois & jele tiens au nombre des plus excellens. II n’a pourtant pas laissé que de tomber dansdes fautes dont on ne l’auroit jamais cru capable. Celles où il s’est précipité dans cettecampagne, ne le cèdent à aucune autre, & méritent d’être bien relevées; car l'évé-nement ne les justifie point.

Ce Général s’engagea très-imprudemment dans ces détroits. Si c’étoit son desseinde fe retirer par le même chemin, après s’être engagé dans un pais où il ne trouvad’autre issue que celle de revenir fur ses pas , il eût dû user de plus de prévoiance,envoier devant & secrètement un corps de troupes se saisir des défilés, qui ne pou-voient lui être inconnus; au lieu qu’il donna le tems à l’ennemi de s’en emparerlui-même & de s’y établir, fans en avoir appris la moindre nouvelle, ni envoié re-connu! tre les paílàges. Ne fe vit-il pas dans le même piège où peu auparavant Sem-pronius s’étoit engagé ? S’il se tira de ce mauvais pas, ce fut une merveille : il devoiry périr avec toute son armée. Qui eût jamais pû s’imaginer que les Romains, com-mandés par un si excellent Chef d’armée, eussent manqué une si belle occasion definir la guerre, & que cette faute eût été suivie d’une autre encore plus énorme ? IIest rare qu’on en commette de semblables, & encore plus qu’on puisse réussir par uneTomt IV. K k