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LIVRE III. C II A P. XXII. 291
détintem díxijse serunt , tandem eam nulem qiœ sederet injugis montium, solicitâtam
grocella imbrem dedij]è.
La harangue de Minucius à ses soldats après fa défaite, me paroìt bien humble pourun homme si vain. II est rare que deshommesde ce caractère aient des retours fur eux-mê mes,6c qu’ils reconnoiísent leurs sautes : me telle démarche leur coûte trop. Ellene coûte rien à celui-ci. Cela me semble très-jrand, très-magnanime, & digne de cesrems antiques. II répare par cette action gloriease tout le mal qu’il a fait à son Géné-ral, 6c 1a honte de fa défaite. Qui pourroit refuser son estime à un Officier qui penseainsi? Je me ferois conscience de ne pas rapporter le discours (V) de Minucius à fezsoldats après-cet échec, ce qui servira de leçon aux Généraux qui se font battre, 6cmême toujours, 6c qui prétendent non seulement avoir raison; mais avoir fait bien au-delà de la sagesse & de la prudence humaine, quoiqu’ils soient dignes du mépris & dela risée publique.
„ Mes compagnons, leurdit-il, ne point commettre de fautes, cela est au-destusde la nature humaine;mais tirer de ses fautes paslees des instructions pour l'avenir,c’est ce qui est au pouvoir de tout homme qui a de la vertu 6c de la sagesse. J’a-vouë donc que j’ai beaucoup moins de fuje: de me plaindre de la fortune, que jen’en ai de m’en louer: car ce que jc n’avois pas appris dans toute ma vie, je viensde rapprendre dans une petite partie du jour. Je viens de me convaincre que bienloin d’être capable de commander aux autres, j'ai besoin de quelqu’un qui me com-„ mande, 6c que je ne dois pas avoir la folle ambition de remporter fur ceux à qui il„ m'est beaucoup plus glorieux de céder. Vous n’avez déformais, mes compagnons,„ qu’un seul Dictateur, qui marchera à votre tête. La feule occasion où je veux vous,, commander, c’est pour aller lui témoigner la rcconnoiflànce que nous lui devons, 6c„ dont je veux vous donner l’exemple en me soumettant à ses ordres, 6c en lui obéissent„ le premier.
Encore un coup, je ne trouve rien de plus beau, de plus honnête, de plus digned’un cœur généreux 6c de plus rare que cette action de Minucius: elle efface le blâmede toutes les autres. Voilà dequoi nous donner de l’indignation contre bien des Gé-néraux qui ont paiédela plus noire ingratitude dc-s services semblables à celui de Fabius.Je ne vois rien déplus lâche, de plus bas, ni rien qui déshonoré davantage un hommede guerre, 6c nous porte plus à le mépriser que ces fortes d’infamies.
Nous ne fçaurions dire fur la foi de quel Historien Plutarque a pû avancer ce quetous les autres ignorent du combat de Fabius contre Annibal ensuite de la disgrâce deson Collègue. Je n’en vois aucun qui en faste la moindre mention. C’est bien don-ner à courir à un homme qui veut avoir des garans d’un événement ausiì considérableque celui-là. Ecoutons le récit de l’Auteur Grec.
„ Fabius charge les Numides, dh-il, qui étoic-nt dans la plaine, & les dissipe: de,, là il fond fur ceux qui poursuivoient les Romains, 6c taille en pièces ceux qui lui„ font tête ; les autres plient & prennent la fuite, de peur d’être cnvelopés à leur tour.„ Annibal voiant la fortune changée, & Fabius, qui l’épée à la main avec une vigueur„ fort au-desiùs de son âge, se faifoit jour au travers des combattans, 6c perçoit jusqu’au„ haut de la colline où étoit Minucius, fit cesser le combat ; 6c aiant commandé aux„ trompettes de sonner 1a retraite, il ramena ses troupes dans son camp.
Je m'imagine que Plutarque auroic pû supprimer ce combat fans se faire tort. Voit-•on une ombre de cette action dansPolybe 6c dans Tite-Live,ni dans aucun autre His-torien? Qui croirons-nous? Je le puis dire, Polybe est infiniment plus digne de foicrue cent autres comme Plutarque ; 6c quand nous n’aurions que le premier pour garant,( 2 ) Plut. Dacitr, Fie de Fdb. Max,
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