V! P R E T A C E.
tutelles. On peut avoir des talens & un beau naturel pour la guerre,mais íì on ne cultive pas ces talens & ces qualités par J’étude & la mé-ditation de cette science, il ne faut pas espérer que Dieu nous Paccordepar infusion, & cependant, à voir le peu d’application que chacun ap-porte a s’y rendre capable, on croiroit aífez qu’elle s’apprend en unjour, & que cette lumière d’ordre, de ruse, d’artiíice pour s’en biendémêler , de profondeur dans la conduite des guerres les plus difficiles,de prévoiance & de précaution qui nous éclaire, qui ne perd ni nes’éteint point dans les dangers les plus éminsns, naît avec nous, &que nous sommes de ces génies extraordinaires que la providence seplaît quelquefois à faire paraître dans le monde & de loin à loinpour lauver ou renverser les Monarchies.
Thémistocles fut un de ceux la. Son génie supérieur au dessus de tousles Guerriers de son siécle, lui tint lieu d’art & d’expérience. Je ne sailì je Pai cité quelque part ailleurs ; mais comme cette dernière" Préfaceme met en droit de revenir fur les mêmes matières, lorsque je les trou-ve de grande importance, j’alléguerai eucore ce passage. Personne ,dit Thucydide, n'd mieux montré que Thémiflocìes ce que peutJa na-ture Jans l'art , b il a mérité d'être admiré pour cela de tous les sié-cles ; puijquc par une prudence naturelle, Jans avoir jamais rien ap-pris , ìl voioit par tout ce qu'il Jalloit faire & en devìnoit PiJJ'uèj s'a-quittoit bien de ce qu'il avoit en main ; jugeoit bien des choses dont ilrdavoït point (Vexpèriencc, & par la bonté de ja nature , A? la viva-cité de son esprit régloit toutes fortes d'as air es en un infant. Plutar-que tient à peu près le même langage.
Ce n’est pas une chose fort rare à la guerre, que de voir des gensqui se font une gloire d'être ignorans & de se déclarer ennemis detoutes sortes d’études; mais nous ne voions aucun Thémistocles. Lapreuve qu’ils r.e ressemblent pas à ce Grec célébré, se trouve danstout ce qu’ils entreprennent. Thucydide a raison de dire , que cegrand Capitaine a mérité d’être admiré pour cela de tous les sié-cles , & nous Padmirons encore , puisque jusque ici nous n’avonspoint vu un homme qui lui ressemble, linon dans le mépris qiPonfait des études qui font indispensables aux gens de guerre, & dontcet habile Guerrier pouvoit fort bien fe passer, par son esprit, ses ta-lens & mille autres belles qualités naturelles, dont les faux Thémisto-cles font absolument dépourvus; en un mot il ne lui fallut point d'au-tre apprentissage pour fe former, il étoit né pour la guerre commepour la politique.
De Pair dont vous parlez, diront quelques-uns, ne croiroit-onpas que les hommes naissent tous égaux & également propres àréussir dans les mêmes desseins, les mêmes pratiques & les mêmesguerres ? Lit cependant le contraire se remarque dans tous les hom-mes