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Tome sixieme.
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34 HISTOIRE DE POLYBE,

pour un jeune homme, qui auroit quelque passion pour la belle gloire& pour la vertu. Car qui est-ce qui voiant les honneurs que l'on rendà la vertu de ces grands hommes vivans encore & respirans en quelqueforte dans leurs statues, ne se sentira pas enflammé du désir de les imi-ter? Se peut-il rien voir de plus beau & de plus touchant? Au resteaprès que POrateur a épuisé tout ce qu’il avoit à dire à la louange dumort, il fait aussi P éloge des autres dont il volt les statues, en com-mençant par le plus ancien. Par-là se renouvelle toujours la réputationdes Citoiens vertueux, la gloire de ceux qui se sont distingués devientimmortelle, les services rendus à la patrie viennent à la connoissanoe dupeuple & passent à la postérité. Et ce qui est de plus important, lajeunesse est animée à ne rien craindre, quand il s’agitdu bien commun»dans la vue d’aquérir la gloire accordée à la vertu. Aussi l’on a vû desRomains combattre seuls dans des affaires générales ; d’autres se sontjettés dans un péril de mort inévitable,quelques-uns en tems de guer-re pour sauver de leurs Concitoiens, quelques autres pendant la paixpour le salut de la République. On en a encore vû, qui dans les pre-mières charges aiant plus à cœur le bien de la patrie que les liaisons ditsang même & de la nature, ont contre la coutume & les loix condam-né à mort leurs propres enfans.

Entre une infinité d’exemples de cette passion des Romains pour lagloire, je n’en apporterai qu’un pour autoriser ce que je viens de dire.Horace surnommé le Borgne combattant contre deux des ennemis àl'entrée du pont qui est joignant Rome fur le 1 ibre, & en appercevant•lin grand nombre d’autres' qui venoient à leur secours, dans la crainteoù il étoit que la garde du pont étant forcée les ennemis n’entrassentdans la ville, il se tourne vers ceux qui étoient derrière lui & leur criede se retirer au plus vite, & de rompre le pont. Tant qu’ils travaillè-rent , Horace malgré les plaies dont il étoit tout couvert, soutint res-sort des ennemis, plus frappés encore de fa constance & de son intré-pidité que de ses forces & de fa résistance. Le pont rompu & la villen’aiant plus rien à craindre, il se jetta tout armé dans le fleuve, &préféra au tems qu’il lui reftoit à vivre, une mort volontaire pour déli-vrer fa patrie &c aquérir la gloire dont cette mort devoit être suivie.Tant est grande l’ardeur & l’émulation que les coutumes des Romains,inspirent à la jeunesse pour les belles actions.

Les moiens dont les Romains fe servent pour augmenter leurs biens»font encore beaucoup plus légitimes que chez les Carthaginois. Chez.ceux-ci de quelque maniéré que l’on s’enrichisse, on n’en est jamais blâ-mé : chez ceux-là rien n’est plus honteux que de se laisser corromprepar les préfens, & (Ramasser du bien par de mauvaises voies. Autantqu’ils font cas de richesses légitimement aquifes , autant ils ont en hor-reur' celles qu’on fe procure par des moiens injustes. Parmi les Cartha*