Band 
Tome sixieme.
Seite
35
JPEG-Download
 

L I V R E VI. C II A P. IX. zx

ginois les dignités s’achétent à force de largesses & de préfens ; parmiles RomainsVeít un crime capital. Comme donc les prix proposés à lavertu font différens chez l’un & l’autre peuple, il n’est pas surprenantque les voies pour y parvenir soient différentes.

Mais ce qui a le plus contribué aux progrès de la République Ro-maine , c’eít Popinion que l'on y a des Dieux ; & la superstition qui estblâmée chez les autres peuples, est à mon sens tout ce qui la soutient.Elle s’est aquis une ÍI grande autorité fur les esprits, & elle influe detelle forte dans les affaires tant particulières que générales, que cela pas-se tout ce qu’on peut imaginer. Bien des gens en pourroient être sur-pris. Pour moi je ne doute pas que les premiers qui l’ont introduite,n’aient eu en vûë la multitude. Car s’il étoit possible qu’un Etat ne fûtcomposé que de gens sages, peut-être que cette institution n’eût pas éténécessaire : mais comme le peuple n’a nulle consistance, qu’il est pleinde passions déréglées, qu'il s’emporte fans raison & jusqu’à la violence,il a fallu le retenir par la crainte de choses qu’il ne voioit pas & partout cet attirail des fictions effraiantes. C'est donc avec grande raisonque les anciens ont répandu parmi le peuple qu’iJ. y avoit des supplicesà craindre dans les enfers, & l'on a grand tort dans notre siécle de re-jetter ces sentimens. Car fans parler des autres suites de Pirreligion,chez les Grecs par exemple, confiez un talent à ceux qui manient lesdeniers publics: en vain vous prenez dix cautions, autant de promesses& deux fois plus de témoins ,vous ne pouvez les obliger à rendre votredépôt. Au contraire les Romains, qui dans la magistrature & les lé-gations disposent de grandes sommes d’argent, n’ont besoin que de lareligion du serment pour garder une inviolable fidélité. Parmi les au-tres peuples un homme qui n’ose toucher aux deniers publics, est unhomme rare ,au lieu que chez les Romains il est rare de trouver un hom-me coupable de ce crime.

Mais tout périt, tout est sujet au changement. II n’est pas besoinde le prouver, Penchainement nécessaire "des causes naturelles en estune preuve incontestable. Or toute espèce de Gouvernement périt dedeux manières, Tune vient du dehors, l’autre du dedans. On nepeut sûrement juger quelle sera la première, mais l'autre est certaine& déterminée.

Nous avons déja dit quelles étoient la première & la seconde sortede Gouvernement, & comment elles se changeoient l’une en l’autre:de sorte que sur cette matière, qui pourroit joindre les commence-mens avec la fin , pourroit aussi prédire ce qui arrivera dans lafuite. Au moins selon moi rien n’est plus clair. Car lorsqu’uneRépublique, après s’être heureusement délivrée de pluseurs grandspérils, est parvenue k ce degré de force & de puissance, où rienne lui est plus disputé, le peuple ne peut jouir loijgterr.s de ce bon-