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Tome sixieme.
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HISTOIRE DE POLYBE,

CHAPITRE II.

Grandes aidions des Romains £«? des Carthaginois , confiance opi *niâtre de ces deux peuples dans leurs entreprises. Utili-té d 1 une Histoire générale.

J E ne crois m’éloigner ni de mon sujet, ni du but que je mesuis proposé au commencement de cet Ouvrage, si j’arrête ici meslecteurs pour leur faire considérer la grandeur des actions des deuxRépubliques de Rome & de Carthage, & la constance opiniâtre aveclaquelle elles poursuivoient leurs entreprises. Car rì’est- il pas surpre-nant que toutes deux aiant deux guerres importantes à soutenir,l’une en Italie, l’autre en Espagne, que n’aiant toutes deux que.des espérances fort incertaines fur l’avenir, que courant toutes deux lemême risque, elles ne se soient pas bornées à ces deux affaires, maisse soient encore disputé la Sardaigne & la Sicile, & que non seule-ment elles aient embrassé tout par Tespérance, mais encore aient four-ni des vivres & des munitions pour tant de projets. On fera plusfrappé encore, fi l'on examine les choses en détail. Les Romainsavoient en Italie deux armées complettes, chacune un Consul à leurtête, ils en avoient encore deux en Espagne, une sur terre que com-mando it Cn. Cornélius, l’autre fur mer qui avoit pour Général Publ.Scipion. J1 en étoit de même des Carthaginois. Les Romainsavoient outre cela une' ilote à l’ancre fur les côtes de la Gréespour suivre Philippe & observer ses desseins, laquelle ilote comman-dèrent l’un après l’autre Marcus Valerius & Publius Sulpicius. Appiusencore commandoit cent galères à cinq rangs de rames, & MarcusClaudius avec une armée de terre menaçoit la Sicile, & Amilcar fai-soit la même chose du côté des Carthaginois.

Après tous ces faits je ne pense pas que l’on puisse douter de la vé-rité de ce que j’ai avancé au commencement de cet Ouvrage, qu’iln’est pas possible par la lecture des Histoires particulières de voir Tordre& Tœconomie de tout ce qui s’eft passé. Car comment, en ne lisantque les Histoires de Sicile & d’Efpagne, connoîtra-t-on de quelle ma-niéré la fortune s’y est prise, ou de quelle sorte de Gouvernement elles’est servie pour faire de nos jours ce qui ne s’étoit jamais fait, & cequi peut passer pour un prodige, de soumettre â un seul Empire & àune feule Puissance toutes les parties connues de Tunivers ? On peut bienapprendre par des Histoires particulières comment les Romains ont pris.Syracuse; comment ils ont réduit TEÍpagne à leur obéissance. Maisàs,une Histoire générale il est difficile de comprendre comment ils se