LIVRE VIII. C II A P. VI. 57
récrié dans tout le païs d’en-deça du mont Taurus, que les troupes &celles de ses ennemis croioient en sûreté dans la place la plus forte dePuni vers, cet Achée est alììs contre terre, réduit en la puissance deceux qui lui vouloient le plus de mal, lans que personne íçût alors latrahison, sinon ceux qui en étoient les auteurs. Le lendemainau pointdu jour quand les Courtisans se surent assemblés selon la coutume dansla tente du Roi, & quhls virent Achée, il leur arriva ce qui étoit ar-rivé au Roi même; à peine osérent-ils en croire leurs propres yeux. Ondélibéra ensuite quels supplices on seroit souffrir à cet infortuné Prince.11 fut conclu qu’après avoir été d’abord mutilé, il auroit la tête tran-chée & cousue dans une peau d’âne, & que le reste de son corps seroitpendu à un gibet. Cette exécution cauík une si grande surprise & une1-i grande consternation dans farinée, que Laodice qui sçavoit seule queson mari étoit sorti, conjectura son sort en voiant du haut de la cita-delle la confusion & le trouble qui étoient parmi les soldats. Un hé-raut étant venu ensuite rapportera Laodice ce qui étoit arrivé à son ma-ri , & lui commander de ne se plus mêler des affaires & de sortir de lacitadelle, la garnison ne répondit d’abord que par des larmes & des-gémissemens inexprimables, non tant à cause de l’amour qu’ils avoientpour Achée, que parce qu’ils ne s’attendoient k rien moins qu'k un ê-vénement si extraordinaire. Après les pleurs, ce fut un embarras ex-trême quel parti l’on prendroit. Antiochus après la mort d’Achéepressa la citadelle fans relâche, persuadé que quelque occasion se pré-senteroit d’y entrer,& que ce seroit surtout la garnison qui la lui seroitnaître. Cela ne manqua pas. Une sédition s’étant élevée parmi les-soldats, il se forma deux partis, l’un pour Ariobaze, l’autre pour Lao-dice. £t comme ils se déficient l’un de l’autre, ils ne furent pas long-tems fans se rendre k Antiochus eux & la citadelle. Ainsi périt Achée,qui après avoir emploié, fans réussir,, tous les moiens que l’on peutprendre raisonnablement pour se défendre contre la perfidie, laisse deuxgrandes leçons à la postérité; 1k première, qu’il ne faut ajouter foi fa-cilement à personne;l’autre de ne s’enorgueillir point de la prospérité,-mais de se persuader qu’étant hommes nous. devons nous attendre ktout événement.
CHAPITRE VIL
JÎnnìbal prend la ville de Tarente par ii'ahijon.
L EsTarentins n’étoient d’abord sortis de la ville que comme pour-'faire quelque expédition. S’étant une nuit approchés du camp'des Carthaginois, les uns coururent se cacher dans un bois qui étoitTome FI. II