62 HISTOIRE DE POLYBE,
Quand on sçut dans la ville que les ennemis y étoient entrés, toutfut rempli de clameurs & de confusion. Livius en fut averti, mais sen-tant que le vin ne lui permettoit pas d’agir, il sortit de son logis avecses domestiques, & se faisant ouvrir le guichet de la porte qui'conduitau port, il entra dans un des vaisseaux qui étoient h Tancre, & serendit avec íès gens dans la citadelle. Après cela Philéméne, quiavoit disposé des trompettes Romaines & des gens qui s’étoient accou-tumés à en jouer, fit sonner de cet instrument de dessus le théâtre;aussitôt les Romains courent en armes k la citadelle, & entrent par-lkdans les vues des Carthaginois. Car se répandant sans ordre dans lesplaces, les uns tombèrent entre les mains des Carthaginois, les autresentre celles des Gaulois, qui en firent un carnage norrible.
Pendant ce tems-lk les Tarentins, ne pouvant íçavoir au vrai ce quise passoit, ressuient tranquilles chez eux. Comme ils n’entendoientque des trompettes Romaines, & que dans la ville il ne se faisoit nidésordre ni pillage, ils crurent que cette émotion ne venoit que desRomains. Mais quand le jour fut venu, & qssils virent de leurs trou-pes tuées fur la place, & des Gaulois qui les dépouilloient, alors ilssoupçonnèrent qu’il falloit que les Carthaginois fussent entrés.
A n ni bal aiant rangé ses troupes en bataille fur le marché, après queles Romains se furent retirés dans la citadelle où ils avoient garnison,& que le jour fut plus avancé, il fit publier par un héraut que les Ta-rentins eussent à s assembler fans armes dans le marché. Aussitôt lesconjurés coururent de côté & d’autre dans la ville, criant liberté , &exhortant de ne rien craindre fous la protection des Carthaginois. Ceuxdes Citoiens qui étoient attachés aux Romains, entendant ces cris,allèrent les joindre dans la citadelle, mais le reste aimèrent mieux obéirà Tordre d’Annibal. Ce Général leur parla avec beaucoup de douceur,& il ne dit rien qui ne fût reçu avec applaudissemens, tant on étoitsurpris d’une délivrance si extraordinaire. 11 congédia ensuite Tassembîée,enjoignant à chacun, k son retour dans fa maison, d’écrire incessam-ment sur la porte, Tarentin, & défendant sous peine de la vied’écrire le même mot fur la porte d’aucun Romain. Puis distribuantdans différens quartiers ceux de ses soldats qu’il croioit les plus pro-pres à ces sortes de coups de mains, il les envola piller les maisons desRomains, qiTils connoîtroient en ne volant rien d’écrit furies portes,& retint les autres en ordre de bataille pour secourir les premiers encas d’allarmc. Les Carthaginois firent dans ce pillage un butin prodi-gieux, Sc qui répondoit pour le moins aux espérances qu’ils en avoientconçues.
Us passèrent cette nuit fous leurs armes : mais le lendemain Annibalaiant tenu conseil avec les Tarentins, résolut d’élever une muraille en-tre la citadelle & la ville,afin que les Citoiens n’eussent plus rien à ap-