LIVRE VIII. CHAP. VII. 6z
préhender de la part des Romains quì tenoient la citadelle. L'abord ilcommença par conduire un retranchement parallèle à la muraille & aufolié de cette forteresse; mais fe doutant bien d’un côté que les enne-mis ne fouffriroient pas, & qu’au moins dans cette occasion ils met-troient en œuvre toutes leurs forces ,& jugeant de l’autre que rien n’é-toit plus néceflàire dans la conjoncture présente que de donner de laterreur aux Romains & d’infpircr de la confiance aux Citoiens de Ta-rente ,il fit choix des meilleures troupes pour repousser tout ce qui s’op-poferoit à cet ouvrage. Les Romains fe présentèrent en effet dès quel'on eut commencé à jetter le retranchement. Annibalvint& nefitd’a-bord qu’une légère escarmouche, seulement pour les échauffer au com-bat. Quand il y en eut un certain nombre en-deçk du fossé, Annibaldonne le signal à ses gens, on fond fur les ennemis,il fe fait un grandcombat, autant du moins qu’il le pouvoit être dans un terrain ferré &enfermé de murailles. Enfin les Romains furent défaits, une partiepassée au fil de fépée, l’autre repoussée jufqu’au fossé, où elle périt.Annibal ensuite n’aiant plus rien qui f inquiétât tout lui réussissant se-lon lès désirs, continua son retranchement. Par-là il tenoit fes ennemisrenfermés & les forçoit de rester dans leurs murailles, de crainte nonseulement d’être pris eux-mêmes, mais encore d’être chassés de leur ci-tadelle : & il donna tant de courage & de confiance aux troupes de laville, qu’avec elles seules, fans le secours des Carthaginois, il fe croioiten état de faire tête aux Romains. Un peu en-deçk du retranchement,du côté de la ville, il conduisit ensuite un fossé parallèle au retranche-ment & a la muraille de la citadelle, & le long du bord qui regardoitla ville il fit élever un rempart fur lequel il mit un nouveau retranche-ment , qui n’étoit guéres moins sûr qu’une muraille. A quelque distan-ce de ce rempart, en approchant toujours de la ville, il fit encore é-levcr une muraille,en la conduisant depuis l’endroit appellé Soteira juf-qu’à la rué Bathée. En sorte que sans secours d’hommes les Tarentinspar ces fortifications étoient k couvert de toute insulte & toute sur-prise. Tous ces ouvrages achevés, laissant des troupes suffisantes tantà pied qu’k cheval pour garder la ville, il alla camper fur le bord dela rivière à cinq stades de Tarente. Cette rivière appellée par les unsGalése , s’appeíle aussi par d’autres Eurotas, du nom du fleuve quipasse auprès de Lacédémone. II y a plusieurs autres choses à Ta-rente & aux environs k qui l’on donne le même nom qu’k Lacé-démone, tant parce que ces peuples ne font qu’une colonie des Lacé-démoniens, que parce qu’ils conservent une étroite liaison avec cetteRépublique.
Quand la muraille fut entièrement achevée, ce qui arriva bientôt,àcause du zèle avec lequel les Tarentins y travailloient,&du secours queleur donnoient les Carthaginois : Annibal forma le dessein de prendre