ho HISTOIRE DE POLY BE,
C II A P I.T R E VI.
Harangue de Cbléneas Etoîien contre la Maison desRois de Macédoine.
J E crois, Lacédémoniens, qu’il n’y a personne qui ne reconnoisseque, íi les Grecs ont perdu leur libertés ce sont les Rois de Macé-doine qui en sont la cause. 11 est aisé de vous le faire voir. Entrece corps de Grecs qui habitoient autrefois la Thrace, & qui étoit com-posé des colonies envoiées d’Athénes & de Chalcide, Olynthe étoit laville qui avoit le plus d’éclat & de puissance. Philippe faiant subju-guée, & aiant intimidé les autres par cet exemple, se rendit maîtrenon seulement des villes de Thrace, mais encore des Thessaliens. Aquelque tems de là, après avoir vaincu les Athéniens en bataille ran-gée, il usa modérément de sa victoire, non pour leur faire du bien,il en étoit sort éloigné , mais asm que le bien qu’il leur saisoit enga-geât les autres peuples à íe soumettre volontairement à fa domination.Votre propre litât étoit à un tel degré de puissance, qu’il devoitavec le tems devenir le soutien & l’arbitre des autres Républiques dela Gréce. Tout prétexte fut suffisant pour lui déclarer la guerre. IIy vint avec une armée, fit le dégât dans le pais, renversa tous les édi-fices, partagea le terrain, distribua les villes, donna celle-ci aux Argiens,celle-là auxTégéntes & aux Mégalopolitains, une autre aux Messéniens,ne se souciant pas, pourvû qu’il vous fît tort, que ce fût contre les ré-glés de la justice qu’il saisoit plaiiir aux autres. Alexandre son succes-seur croiant que tant que subiîíteroit Tliébes, il refteroit à la Grécequelque elpérance de se relever, la renversa, vous íçavez tous de quel-le maniéré. II n’est pas besoin que je m’étende fur la conduite qu’ontgardée à l’égard des Grecs ceux qui lui ont succédé. Est-il quelqu’un
si peu instruit dans les affaires » qui n’ait entendu parler de l’indignitéavec laquelle Antipater traita les Athéniens & les autres après la victoi-re qu’il remporta fur les Grecs à Lamia? II poussa l’insolence & l’injus-tice jusqu’au point d’établir exprès des gens pour rechercher les exilés,& de les envoler dans les villes contre ceux qui n’avoient pas pris sonparti, ou qui a voient fait quelque peine à la Maison de Macédoine.Les uns furent tirés des Temples avec violence, les autres furent arra-chés des autels, & moururent dans les supplices. Ceux qui lui échappè-rent par la fuite, surent bannis de toute la Gréce : car il ne leur reltoit plusde ressource que chez les Etoliens. Qui ne sçait les maux que les Grecsont soufferts de la part de Cassander, de Demetrius & d’Antigonus