LIVRE X. CIÍAP. II. pi
abordent, ont néanmoins amassé de grandes richesses. Or la feule si-tuation de cette ville a été cause de ce bonheur, situation cependantqui n’a rien de comparable à celle de Tarente. Elle est aussi heureu-sement placée par rapport aux ports de la mer Adriatique. Mais elletiroit de là beaucoup plus d’avantages autrefois. Car comme Brindesn’étoit pas alors bâtie, tout ce qui venoit des endroits qui fur la côteopposée sont entre le cap d’Iapige & Siponte , passoit par Tarentepour entrer dans Tltalie, & l'on se servoit de cette ville comme d’unmarché pour faire les échanges & tout autre commerce. C'est pourcela que Fabius, qui faisoit grand cas de ce passage, ne s’appliquoit krien tant qu’à le bien garder.
CHAPITRE II.
Diverses allions de Publius Scipion.
A Yant dessein de raconter les exploits que Scipion a faits en Es-pagne, & de donner en racourci toute rhiítoire de sa vie, jecrois qu’il est à propos de commencer par faire connoître l'esprit &le caractère de ce Consul. Car comme il a surpassé tout ce qu’il avoitparu avant lui de personnages illustres, il n’y a personne qui ne soiten peine de savoir quelles étoient les qualités naturelles ou aquisesd’un homme qui s’est signalé en tant d’occaíion?. Or c’est ce queses Historiens réapprennent pas, ou du moins l'on ne’peut chez euxs’en former qu’une fausse idée, tant ils ont mal rencontré fur ce point.Pour peu qu’on soit capable de mettre le prix aux actions que je vaisrapporter, on verra que le jugement, que je porte de ces Historiens,n’est pas mal fondé.
Tous fans exception nous le dépeignent comme un de ces favorisde la fortune, lesquels réussissent dans toutes leurs entreprises, quoi-que la plupart du tems le hazard y ait plus de part que la bonne con.duite. Selon eux, il y a dans cette espèce de Héros quelque chose deplus surprenant & de plus divin, pour ainsi dire, que dans ceux quisuivent la raison pour guide en toutes choses. La distinction que l’ondoit mettre entre le louable & l’heureux leur est inconnue. Cepen-dant celui-ci est commun même parmi le vulgaire ; l’autre ne con-vient qu’aux hommes judicieux & solides. Ce font ces derniers qu’ilfaut regarder comme divins au suprême degré, & comme chéris desDieux.
11 me paroît que Scipion & Lycurgue, ce fameux Législateur desLacédémoniens , se ressemblent tout-à-sai: à pour le caractère &
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