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Tome sixieme.
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96 HISTOIRE DE POLYBE,

II n’ignoroit non plus ni la situation de la ville, ni les munitionsqu’elle renfermoit, ni la disposition de l’étangdont elle est environ-née. Quelques pêcheurs l’avoient informé qu’en général cet étang étoitmarécageux, guéable en beaucoup cTcndroits, «Sc que fort souvent surle soir la marée se retiroit. Tout cela lui fit conclure que s’il venoit àbout de ion dessein, il incommoderoit autant les ennemis qu’il avan-ceroit ses propres affaires: que li cela manquoit, illuiferoit aisé, te-nant la mer, de se retirer sain & sauf, pourvu seulement qu’il mît soncamp en fureté: chose qui n’étoit pas difficile, vu l’éloignement oùétoient les troupes des ennemis. Ainsi laissant tout autre dessein, il nepensa plus pendant le quartier d’hiver qu’a faire les préparatifs de cesiège; & ce qui est à remarquer dans un homme de son âge, il nes’ouvrit fur cette entreprise à personne qu’à C. Lselius, jufqu’à ce qu’ilcrût qu’il étoit à propos de la faire connoître à tout le monde.

Les Historiens tombent d’accord que ce fut fur ces réflexions queScipion dressa le plan de fa campagne; & cependant quand ils en ontfait le récit, fans rapporter de raison plausible, bien plus, contre letémoignage de ceux qui ont vécu avec ce Général, ils rapportent je neíçú comment le succès de cette campagne,non à la prudence de celuiqui l’a conduite, mais aux Dieux & à la fortune. Cela est encore for-mellement contraire à la lettre que Publius écrivit à Philippe, «Sc danslaquelle il dit nettement que tout ce qu’il a fait en général dans l’Espa-gne, & en particulier le siège de la nouvelle Carthage, il l’a fait surles réflexions que nous avons rapportées. Revenons.

Après avoir donné ordre en secret à C. Lselius, qui devoit comman-der la flote, & à qui seul il a volt fait part de son dessein, de cin-gler vers la nouvelle Carthage , il se mit à la tête des troupes deterre, & s’avança à grandes journées. Son armée étoit de vingt-cinqmille hommes de pied & de deux mille cinq cens chevaux. Après septjours de marche il parut devant la ville , & campa du côté qui re-gardoit le Septentrion. Derrière son camp il fit conduire un fossé &un double retranchement d’une mer à l’autre. Du côté de la ville ilne fit aucune fortification, la seule situation du poste le mettant àcouvert de toute insulte.

Comme nous avons à rapporter le siège «Sc la prise de cette ville, ilfaut en faire connoître la situation «Sc celle des environs. Carthage laneuve est située vers le milieu de la côte d’Espagne dans un golfe tour-né du côté du vent d’Afrique. Ce golfe a environ vingt stades de pro-fondeur & dix de largeur à son entrée. II forme une espèce de port,parce .qu’à l’entrée s’éléve une île qui des deux côtés ne laisse qu’unpassage étroit pour y aborder. Les flots de la mer viennent se brisercontre cette île, ce qui donne à tout le golfe une parfaite tranquillité,excepté lorsque les vents d’Afrique soufflant des deux côtés agitent la

mer.