Band 
Tome sixieme.
Seite
105
JPEG-Download
 

f L I V R E X. C H A P. II. ioj

Quand il crut ses troupes suffisamment exercées, & la ville à cou-vert de toute insulte par les gardes qu’il y avoit mises & les fortifica-tions qu’il y avoit faites, il se mit en route avec ses deux armées,& marcha vers Targone, aìant avec lui les otages ‘qu’il avoit reçus.

A l’égard de la cavalerie, les mouvemens qu’il croioit les plus uti-les en tous tems 6c ausquels il falloit qu’elle s’exerçât, étoient de tour-ner le cheval à gauche, puis h droit, ensuite de le faire reculer. Pourles escadrons entiers, il les instruisoit à se mouvoir d’un côté, puis àse remettre, à tourner le dos à Pennemi en deux tems, à lui faire vol-teface en trois, à partir promtement des ailes ou du centre un ou deuxpelotons ensemble, à revenir à leur poste sans se désunir 6c sans per-dre leurs rangs; à se ranger k Pune 6c à l’autre aile, ou lorsqu’on po-se le camp, ou lorsqu’il faut tourner par derrière Parmée. 11 ne leurapprenoit point k se détourner de côté & d’autre par bandes séparées,parce qu’il croioit ce mouvement inutile & peu différent de celui deParmée en marche. II les exerçoit encore à avancer à Pennemi & à faireretraite de maniéré, que même en courant on ne quittât pas ses rangs,& que le même intervalle se trouvât toujours entre les escadrons. Carrien n’est plus inutile 6c plus dangereux que de mettre aux mains unecavalerie qui a rompu ses rangs.

Après avoir ainíi instruit & les soldats & les Officiers, il parcourutles villes pour y examiner , premièrement íì le peuple entroit biendans ce qu’il avoit ordonné, & en second lieu fi ceux qui y com-mandoient étoient capables de donner 6c de bien faire entendre ses or-dres. Car il étoit dans ce sentiment, que rien n’étoit plus nécessai-re à Pheureux succès des entreprises que l’habileté des Officiers particu-liers.

Après avoir ainsi dispose toutes choses, il fit sortir des villes facavalerie, 6c l’affembla dans un lieu où lui-même lui montroit tous lesmouvemens qu’elle devoit faire, 6c saisoit lui-même tous les exer-cices des armes. Pour cela il ne se tenoit pas toujours à la tête,comme nos Capitaines font aujourd’hui, s’imaginant que la premièreplace est la feule qui leur convienne. C’est ne pas sçavoir son métier6c exposer le service que d’être vû de tout le monde & de ne voir per-sonne. 11 ne s’agit pas de faire voir que l’on a de l’autorité fur dessoldats, il faut montrer qu’on s’entend k les conduire, 6c se trouverpar conséquent tantôt k la tête, tantôt k la queue, tantôt au centre.C’est ce que saisoit Scipion, voltigeant d’escadrons en escadrons, voianttout par lui-même, instruisant ceux qui n’étoient pas affez instruits,6c corrigeant d’abord ce qui n’avoit pas été bien fait. Mais il étoit ra-re qu’il eût besoin d’instruire ou de corriger, ou si cela arrivoit c’étoitl’affaire d’un moment,tant íës troupes avoient auparavant été exercéesen particulier. Un mot de Demetrius de Phalére fait voir l’exceilence

Tome FI. O de