lof HISTOIRE DE P O L Y B E,
Ce fut en cette occasion que quelques jeunes soldats Romains, bieninstruits du foible de leur Général , lui amenèrent une fille d’une rarebeauté , & le prièrent d’agréer le présent qu’ils lui en faisoient. Sci-pion srapé des charmes de cette jeune personne : II j’étois simpleparticulier, leur dit - il , vous ne me pourriez faire un présent plusagréable; mais dans la place où je fuis rien n'est moins capable de metenter, faisant entendre par-là que dans certains momens de loisir lesjeunes gens trouvent un agréable amusement avec le sexe; mais qu’entems d’affaires cet amusement-la même troubloit trop la tranquillitédu corps «Sc de Pefprit. II remercia cependant ces soldats, & aiantfait venir le père de la fille, il la lui remit entre les mains, & l’exhor-ta de la marier avec tel de ses citoiens qu’il jugerait à propos. Cettemodération 5c cet éloignement des plaisirs fit beaucoup d’honneurà Scipion.
Toutes choies étant ainsi réglées, il mit à la garde des Tribuns lereste des prisonniers. Ensuite il fit monter à C. Laelius une galère àcinq rangs , lui joignit quelques Carthaginois «Sc les plus distinguésd’entre ceux qui avoient été pris, & les envola à Rome pour y ap-prendre la nouvelle conquête qu’il venoit de faire: persuadé que com-me on n’y eípéroit rien du côté de l’Eípagne, on n’y auroit pas plutôtappris les avantages qisil avoit remportés , que Ton reprendrait coura-ge 5c qu’on penserait plus sérieusement que jamais à pousser cette guer-re. Pour lui il resta quelque tems dans la nouvelle Cartilage pour yexercer son armée navale, 5c montrer aux Tribuns de quelle maniéréils dévoient exercer celle de terre.
Le premier jour il commanda aux légions de courir en armes l’efpa-ce de quatre mille pas; le second de fourbir, de nettoier & d'exami-ner leurs armes devant leurs tentes, le troisième de íe divertir, le qua-trième de combattre avec des épées de bois couvertes de cuir, 5c aubout desquelles il y avoit un bouton, 5c de lancer les javelots garnisaussi d’un bouton à la pointe ; le cinquième de recommencer la courséqu’ils avoient faite le premier jour. II eut surtout grand soin d’avoirdes ouvriers, asm qu’on ne manquât d’aucunes armes, soit pour les exer-cices soit pour les batailles. C’est pour cela que quoiqu’il eût commisdes gens pour prendre garde à leurs besoins, il ne laissoit pas de les vi-siter lui-même pendant le jour,5c de leur fournir tout ce qui leur étoitnécessaire. A voir les légions s’exercer à la guerre fous les murailles dela ville, les troupes de mer faire essai de leur agilité & de leur forceà manier les rames, les artisans dans la ville partie aiguiser, partietravailler en bois ou en fer, tout le monde en un mot s’occuper k fa-briquer des armes, il n’y avoit personne qui ne pût appliquer à la nou-velle Carthage le mot de Xénopfion, que cette ville étoit une vraiemanufacture d’armes.
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