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Tome sixieme.
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LIVRE X. C II A P. IV.

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qui sont le long des Palus - Méotides & du Pont-Euxin. Elle étoit dèsle commencement la capitale du Roiaume. Les richelses & la magni-ficence des édifices passent de beaucoup tout ce que Ton voit dansles; autres villes. Située dans un pais de montagnes fur le penchantdu mont Oros, elle n’est point fermée de murailles, mais on y a faitune citadelle d’une force surprenante, & sous laquelle est Je palais duRoi. Je ne sçai si je dois parler en détail de ce qui fe voioit dans cet-te ville, ou m’en taire tout-k-fait. Cest un sujet sur lequel pourroientbeaucoup s’étendre ces sortes d’Historiens qui aiment à débiter du mer-veilleux , k exagérer chaque chose, & k faire des digressions. Maisquand on croît ne devoir parler des choies qui passent Pordinaire qu’a-vec beaucoup de retenuë, on est fort embarassé. Je dirai cependantque ce palais a sept stades de tour , & que la grandeur & la beauté desbâtimens particuliers donne une grande idée de la puissance de ceuxqui les ont élevés les premiers. Car quoique tout ce qu’il y avoit enbois fût de cedre & de cyprès, on n’y avoit rien laissé à nud. Les pou-tres, les lambris & les colonnes qui foutenoient les portiques & lespéristiles étoient revêtues les unes de lames d’argent, les autres delames d'or. Toutes les tuiles étoient d’argent. La plupart de ces ri-chesses furent enlevées par les Macédoniens du tems d’Alexandre, An-tigène & Séleucus Nicator pillèrent le reste. Cependant lorsqu’Antio-chus entra dans ce Royaume, le Temple d’Ena étoit encore environnéde colonnes dorées, & on trouva dedans quantité de tuiles d'argent,quelque peu de briques d’or, & beaucoup de briques d’argent. On fitde tout cela de la monnoie au coin d’Antiochus, laquelle monta k lasomme de quatre mille talens.

Arfacès s’attendoit bien qu’Antiochus viendroit jufqu’k ce Temple,mais il ne pouvoit s’imaginer que ce Prince auroit Ja- hardiesse detraverser avec une si grande armée un païs désert tel que celui qui estproche, & où surtout l’on ne trouve d’eau nulle part. En effet sur lasurface de la terre on n’en voit point du tout; il est vrai qu’ss y a fousterre des ruisseaux & des puits, mais il faut sçavoir le païs pour les dé-couvrir. Sur cela les habitans du païs débitent une chose qui est vraie,que les Perses, lorsqu’ils fe rendirent maîtres de l’Asie, donnèrent àceux qui feroient venir de Peau dans les lieux où il n’y en auroit pointeu auparavant, l’ufufruit de ces lieux-lk mêmes jufqu’k la cinquièmegénération inclusivement, & que les habitans; animés par cette pro-messe, n’avoient épargné ni travaux ni dépenses pour conduire fousterre des eaux depuis le mont Taurus, d’où il en découle une gran-de quantité, jusques dans ces deserts; de forte que même k présentceux qui se servent de ces eaux ne sçavent pas où commencent lesruisseaux souterrains qui les leur fournissent. Lorsqu’Arfacès vitqu’Antiochus traversoit le désert malgré les difficultés qu’il croioit