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Tome sixieme.
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L I V R E X. CHAP. II. 12 *

ennemis, h cause de la difficulté des chemins, difficulté qui avoit por-té Asdrubal k commencer le combat par l’attaque de la gauche. Dansla peine que lui faisoit cette inaction, il prend conseil du train où ilvoioit l’affaire, se met a la tête de ses troupes, tourne par derrièrele champ de bataille, passe au-delà de la gauche de l’armée Romai-ne, & charge en flanc ceux des Carthaginois qui combattoient de des-sus les éléphans. Jusques-là le combat avoit été fort douteux. Oncom-battoit de part & d’autre avec beaucoup de courage, parce qu’il nereitoit plus de ressource au parti qui auroit été vaincu. Le servicedes éléphans étoit pour l’un comme pour l’autre. Car resserrés auxmilieu des deux armées & percés de traits, ils troubloient égalementles rangs des Romains & ceux des Espagnols. Mais quand Claudiusfut tombé fur les ennemis par leurs derrières, il se fit un grand chan-gement. Les Espagnols surent alors chargés de front à en queue,òe taillés en pièces pour la plupart. Six éléphans furent tués avecceux qui les conduisoient, & les quatre autres, qui avoient rompules rangs, furent pris ensuite seuls & fans les Indiens leurs conduc-teurs. Aídrubal lui-même, qui s’étoit déja signalé dans plusieurs oc-casions, se signala encore dans celle-ci, & y perdit la vie glorieu-sement. Arrêtons-nous un moment à considérer ce grand homme,c’est une justice que nous lui devons.

Mous avons remarqué plus haut qu’il étoit frère d’Annibal ; <3cque celui - ci partant pour l’italie lui avoit laissé le foin des affairesd’Espagne. Nous avons vû aussi combien de combats il eut à sou-tenir contre les Romains, dans combien d’embarras l’ont jetté lesChefs qu’on envoioit de tems en tems de Carthage en Espagne ,combien is s’est toujours montré digne fils de Barcas, & avec quelleforce d’esprit il a toujours soutenu ses malheurs & ses défaites. Nousne parlerons ici que des divers combats, où il s’est trouvé, & c’est kcet égard qu’il est digne surtout qu’on le considère & qu’on s’étudie àl-’imiter.

La plupart des Généraux & des Rois, lorsqu’il s’agit de donnerune bataille générale, n’aiment k se présenter que la gloire & futilitéqu’ils tireront de la victoire ; ils ne pensent qu’à la maniéré dont ilsen useront chacun, en cas que les choses réussissent selon leurs sou-haits: jamais ils ne se mettent devant les yeux les suites malheureu-ses d’une défaite, jamais ils ne s’occupent de la conduite qu’ils de-vront garder dans les revers de fortune; & cela parce que l’un se pré-sente de soi - même k l’esprit, &’ que l’autre demande beaucoup de pré-voiance. Cependant cette négligence à faire des réflexions fur les mal-heurs qui peuvent arriver, a souvent été cause que des Chefs, mal-gré le courage & la valeur des soldats, ont été honteusement vaincus »ont perdu la gloire qu’ils avoient aquise par d’autres exploits, & ont

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