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Tome sixieme.
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iz6 HISTOIRE DE POLYBE,

passé le reste de leurs jours dans la honte & dans l’ignominie. II estaisé de se convaincre qu’il y a un grand nombre de Généraux qui sonttombés dans cette faute, & que à st au foin de l’éviter que Ton recon-noît surtout combien un homme est différent d'un autre. Le temspassé nous en fournit une infinité d’exemples.

Afdrubal a tenu tout une autre conduite. Tant qu’il a pû fur debonnes raisons espérer faire quelque chose qui sût digne de ses pre-miers exploits, il n’a songé à rien plus dans les combats qu'à fe con-server lui-même. Mais depuis que la fortune lui eut ôté toute espérancepour la venir , & qu’elle Peut comme renfermé dans le dernier mo-ment, sans rien négliger de ce qui pouvoit contribuer à la victoire,soit dans la disposition de son armée, soit dans le combat môme, il nelaissa pas que de prévoir comment, en cas qu’il fût défait, il céde-roit à la nécessité présente, sans rien souffrir qui pût déshonorer sespremiers actions. Bel exemple pour ceux qui font chargés de la con-duite d’une guerre. Us doivent apprendre de là deux choses : la pre-mière à ne pas tromper, en s’exposant témérairement, les espérancesde ceux qui ont mis en eux leur confiance; & la seconde à ne pointjoindre sinfamie aux malheurs par un grand amour pour la vie.

Les Romains après cette victoire pillèrent le camp des ennemis.Quantité de Gaulois y étoient couchés fur de la paille & y dor-moient d'ivresse, ils les égorgèrent comme des victimes. Ils assemblérent auffi tous les prisonniers, & il en revint au trésor public plusde trois cens talens. On compte qu’il resta fur le champ de batailleau mois dix mille hommes tant Carthaginois que Gaulois , & deuxmille seulement de la part des Romains. Quelques - uns des principauxCarthaginois furent faits prisonniers, tout le reste fut passé au fil del’épée.

Cette nouvelle venue à Rome, on souhaitoit tant qu’elle fût vraie,que d’abord on ne pouvoit la croire. Mais quand plusieurs courrierseurent appris non seulement la victoire, mais encore le détail de fac-tion, toute la ville fut transportée de joie, chacun s'empressa à ornerles lieux sacrés, les Temples furent remplis de gateaux & de victimespour les sacrifices. En un mot on reprit tant de confiance, que l'oncrut qu’Annibal, qu’on redoutoit si fort auparavant, n’étoit déja plusen Italie.

C H A-