jfï HISTOIRE DE P O L Y B E,
l’avertir de tenir des vaisseaux prêts non loin du camp des Romains*a tin que quand les galères d’escorte auroient quitté les Ambassadeurs*-il tombât fur le vaisseau qui les conduisoit & le coulât à fond, ilsles renvoiérent ensuite, donnant ordre à ceux qui montoient les ga-lères, aussitôt qu’ils auroient passé l'embouchure de la Macre, d’où l'onpouvoit voir le camp des ennemis, de les laisser là & de revenir à Car-thage. L’escorte, suivant cet ordre, ne fut pas plutôt arrivée à Ten--droít marqué, qu’elle prit honnêtement congé des Romains, les em-brassa & reprit la route de Carthage. Les Ambassadeurs, fans riensoupçonner de ce départ précipité, eurent seulement quelque peinequ’on les eût quittés sitôt , dans la pensée que c'étoit par méprisqu’on l'avoit fait. Dés que l’escorte se fut séparée, les Carthaginoissortent de leur embuscade <Sc viennent les attaquer avec troi^ galères.Ils ne pouvoient de l’éperon frapper leur vaisseau, par ce qu’il couloirau dessous, ni venir à sabordage, parce qu’on les repoussoit avec vi-gueur; mais voltigeant tout autour ils tuerent & bluffèrent beaucoupde gens de l’équipage , jusqu'à ce qu’enfin les Romains voiant deleurs troupes, qui fourrageoient fur la côte, accourir fur le riva-ge à leur secours, ils pondèrent leur vaisseau a terre. La plupartde ceux qui le montoient périrent en cette occasion, mais par unbonheur tout extraordinaire les Ambassadeurs en sortirent sains &saufs.
Voilà la guerre allumée avec plus de chaleur & de haine que jamais,D’un côté les Romains se voiant trompés mirent tout en usage pour sevenger de cette perfidie, & de l’autre les Carthaginois, qui íe íentoientcoupables, se résolurent à souffrir tout plutôt que de tomber en la puis-sance des Romains. Dans cette disposition de part A d’autre, il étoitévident que l’affaire ne se décideroit que par une bataille ; de sorteque non iiu’ement l’italie & l’Afrique, mais encore l’Eípagne, la Si-cile & la Sardaigne, étoient en suspens & attendoient cet événementavec inquiétude. Comme Annibal manquoit de cavalerie, il députaà Tychée, Numide, ami & allié de Syphax, 6c qui avoit la meilleu-re cavalerie d’Asrique, pour l’engager à venir à ion secours & à saisirToccaíion qui s’offroit de se maintenir dans ses Etats , ce qu’il ne pou-voit faire, qu’autant que les Carthaginois auroient le dessus, & quefans cela il courroit risque de sa propre vie, aiant en tête un Princeaussi ambitieux que Massmissa. Tychée se rendit à ces raisons, &vint joindre Annibal avec deux mille chevaux.
Scipion aiant pourvû à la fureté de fa ilote & laissé Bœbius pour lacommander, se mit en marche pour se rendre maître des villes, & iln’attendit plus qu’elles se rendissent d’elles- mêmes, il y entra par for-ce, fit passer tous les habitans fous le joug, & lit éclater tout le resssentiment dont il étoit animé contre la perfidie des Carthaginois. II dé-pêcha