LIVRE XV. CHAP. L 173
pêcha aussi courrier sur courrier à'Massmissa, pour lui apprendre dequelle maniéré ils avoient rompu la trêve, & pour le presser de leverune armée la plus nombreuse qu’il pourroic & de le venir joindre en dili-gence. Car ce Prince, comme nous Pavons déja dit, aulìiîô: après lapublication de la trêve, étoit parti avec ses propres troupes, dix com-pagnies tant cavalerie que d’infanterie Romaine & des Ambassadeursde la part de Scipion, non seulement pour recevoir le Roiaume de sespères, mais encore pour l’aggrandir, avec le secours des Romains, decelui de Syphax : ce qu’il exécuta en effet.
Cependant les Ambassadeurs revenant de Rome abordèrent au campde l’armée navale. Sur le champ Bœbius envola ceux de Rome à Sci-pion, & retint auprès de lui ceux de Carthage, qui tristes & chagrins,depuis qu’ils avoient appris l’insulte faite aux Ambassadeurs des Ro-mains, croioient toucher au dernier moment. Ils ne doutoient pasqu’on ne se vengeât fur eux d’une íi noire perfidie. Scipion aiant apprisque le Sénat & le peuple Romain avoient approuvé le Traité qu’il a-volt conclu avec les Carthaginois, & qu’on étoit prêt à exécuter toutce qu’il avoit demandé, envoia ordre à Bœbius de renvoier les Ambas-sadeurs des Carthaginois chez eux avec toute forte d’honnêtetés. Cetordre étoit, à mon avis, très-sage & très-prudent. Sachant que fapatrie aiant un respect inviolable pour les Ambassadeurs, toutes ré-flexions faites, il jugea qu’il ne devoit pas tant faire attention àee que méritoient les Carthaginois, qu’à ce qu’il convenoit aux Ro-mains de leur faire. C’eft dans cette pensée que modérant se colè-re & le désir de se venger, il ne pensa qu’à suivre les grands exem-ples qu’il avoit reçus de ses ancêtres, & à surpasser en vertu lesCarthaginois & Annibal même en opposant fa généreuse probité à leurmauvaise foi.
Les Carthaginois ne purent voir plus îongtems leurs villes sacca-gées, ils envolèrent à Annibal pour le prier de ne plus différer, des’approcher des ennemis, & de mettre fin aux affaires par une bataille,Ce Général répondit qu’à Carthage on devoit avoir autre chose à pen-ser, que c’étoit à lui à prendre son tems soit pour se reposer soit pouragir. Cependant quelques jours après il décampa d’Adruméte & vintcamper à Zama, ville à cinq journées de Carthage du côté d u cou-chant, d’où il envoia trois espions pour reconnoître le camp des Ro-mains. Ces espions furent pris & amenés à Scipion, qui loin de lespunir, comme on a coutume de faire , leur donna un Tribun avec or-dre de leur montrer sens finesse tout le champ j & après qu’on le leur eutmontré, il leur demanda íi le Tribun avoit bien obéi à ses ordres. 11leur fournit encore des vivres & une escorte pour retourner à leurs gens,& leur recommanda de ne rien cacher à Annibal de tout ce qui leurétoit arrivé. Annibal fut touché de la grandeur d’ame & de la har-
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