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Tome sixieme.
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L I V R E XV. C H A P. I. 177

„ souvinssent de leurs premiers exploits & qu’ils soutinssent leur gloire„ & celle de leur patrie; qu’ils fissent attention que s’ils remportoient„ la victoire, ils ne seroient pas seulement les maîtres del’Asrique,,, mais qu’ils assureraient à leur patrie l’empire de tout le reste de„ l’univers ; que s’ils étoient vaincus, ceux qui mourraient fur le champ,, de bataille auraient la gloire d’avoir répandu leur sang pour la,, patrie, gloire préférable à tous les honneurs de la sépulture, au„ lieu que ceux qui tourneraient le dos passeraient le reste de leurs,, jours dans l’infamie & dans la misère: qu’en effet il n’y avoit pas„ d’endroit dans l'Afrique qui pût leur donner une retraite lure,„ qu’ils ne pourraient se dérober à la poursuite des Carthaginois , Sc„ que tombant entre leurs mains il étoit aisé de prévoir quelle ferait„ leur destinée. A Dieu ne plaise, dit-il, que ce malheur vous arri-

ve. Une domination universelle ou une mort glorieuse sont les prix„ que la fortune nous propose: ne serions-nous pas les plus lâches„ Sc les plus insensés des hommes, st par un honteux amour de la„ vie laissant là les plus grands biens, nous étions capables de choi-„ fìr les plus grands maux? Un marchant aux ennemis, n’aiez dans„ l’esprit que la victoire ou la mort, sans vous arrêter à l’espérance„ de survivre au combat. Venez aux mains dans cette disposition,„ & la victoire est à nous. C’est ainsi que Scipion exhorta íès„ troupes.

L’ordre d’Anrsibal étoit: devant toute l’armée plus de quatre-vingtséléphans, ensuite les étrangers soudoiés au nombre d’environ douzemille Liguriens, Gaulois, Beleares, Maures: derrière cette ligne lesAsriquains & les Carthaginois; & à la troisième ligne, qu’il éloignade la seconde de plus d’un stade, les troupes qui étoient venues d’Ita-lie avec lui. 11 mit fur l’aîle gauche la cavalerie des alliés Numides ;& fur la droite celle des Carthaginois, ordonnant aux Officiers d’en-courager chacun íès propres soldats, en les exhortant de bien espérerde la victoire, puisqu’ils avoient avec eux Annibal & l’armée qu’il avoitamenée cPJta!ie:mais surtout de bien peindre aux Carthaginois les mauxqui fondront fur leurs femmes Sc fur leurs enfans s’ils perdent la batail-le. Pendant que les Officiers exécutent cet ordre, Annibal voltigeantfur toute la troisième ligne crioit k ses soldats : „ Souvenez-vous, ca-,, marades, qu’il y a dix-sept ans que nous servons ensemble, souve-,, nez vous de ce grand nombre de batailles que vous avez pendant ce„ tems-là livrées aux Romains. Victorieux dans toutes, vous n’avez pas„ laissé feulement aux Romains la moindre espérance de pouvoir jamais„ vous vaincre. Aiez toujours devant les yeux la bataille de la Tr bie„ contre le père de celui qui commande aujourd’hui l’armée que nous„ allons combattre, & celles duThrafyméne contre Flaminius, & de„ Cannes contre Paul Emile, fans compter les petits combats & lesTome VI. Z