L I V R E XV. C H A P. I. IS3
Romains opposés à Annibal ne firent Jamais pendant tout le cours de la guerreen Italie.
Le Général Romain craignit encore quelque mouvement subit & imprévu L la troi-sième C. qui pouvoit se partager k droit & à gauche, s’étendre, lui gagner le flanc,& l’envelopper totalement à ses ailes.
' II crut devoir les assurer par une disposition à íbn infanterie qui pût soutenir uneattaque uniforme & vigoureuse fur touc son front. 11 crut devoir porter sa prévoian-ce dans une affaire de si grande importance au-delà des choses nécessaires pour ne rienoublier ni négliger de ce qui pouvoir l’aider à la victoire; enfin il se précautionna furtout ce que son ennemi pouvoit & devoit faire, afin d’être préparé à tout ce qui pou-voit arriver.
II voioit en même terns fur tout le front de cette armée une ligne d r éléphans F. F.cela n’étok pas k mépriser. La défaite de Regulus, * causée en partie par ces ani-maux & par la mauvaise disposition de ses- colonnes, qu’il rangea trop près-à-près lesunes des autres, devoit lui servir de leçon pour ne point tomber dans de semblablesdéfauts; il songea bien-moins à leur résister & à les combattre qu a les rendre inutiles,& son ordre de bataille le tira d’inquiétude de ce côté-là.
Scipion ne se fondoit pas tant fur ce qu’il voioit qu’il ne songeât en même tems àaller au-devant de ce qui pou voie lui être caché. 11 avoit besoin contre un tel ennemid’une prévoìance plus habile & plus rafinée qu’avec tous les autres Généraux contrelesquels il avoit combattu. 11 connoiflbit parfaitement l'efprit sin & rusé du Cartha-ginois, plein d’expédiens & de ressources profondes, aussi habile à se tirer du périlqu’adroit à y précipiter les autres.
Annibal étoic en situation de ruser à toutes ses lignes, de réduire son ennemi auxdernières extrémités, & de rendre inutiles les précautions & les- mesures qu’il pouvoitprendre, ou du moins les rendre peu assurées par des mouvemens promts, subits &fort simples, qui pouvoiem être facilement cachés aux Romains; mais il ne parolepas dans le commencement non plus que dans les suites du combat qu’Annibal ait ja-mais connu les avantages qu’il pouvoit tirer de son ordre de bataille à son infanterie..II ne combattit fur trois lignes que dans le dessein de faire en forte qu’elles se succé-dassent les unes aux autres ,& que la première renversée fît place à la seconde, & cel-le-ci à la troisième , sans prendre garde que cela ne pouvoit arriver qu’en laiílànt desretraites aux troupes qui avoient combattu.
Scipion, tout au contraire d’Annibal, ne douta nullement qu’il n’y eût quelquestratagème de tactique dans cet ordre de bataille. It voioit assez que l’exécution desmouvemens que son ennemi pouvoit faire à fa seconde & à fa troisième ligne B. C. é-toient fort aisés à faire, & très - dangereux par la considération de fa foibleíse, & ce-pendant le Carthaginois ne pensa jamais à ruser k ses deux lignes; ce qu’on auroit dela peine k concevoir, si le commencement & la fuite de cette action mémorablen’en éroientune preuve manifeste, & ne nous apprenoient en même tems que les plushabiles Généraux & les plus renommés dont l’Histoire fesse mention , n’ont pas pensétoujours juste dans les affaires les plus importantes, & qui décident des grands Empi-res; ce qui démontre en même tc-ms que l’intelligence du Général Romain étoit fortau dessus de celle du Général de Carthage, qui ne fit rien qui fût d’un Général mêmeau dc-ísous du médiocre. Les mesures que lé Romain prit pour s-’empêcher d’être
* A' la bataille qu’il perdit contre Xantippe,