iSf. III.STOIR.E DE POLYBE,
vaincu ,• enveloppé & doublé à ses- ailes, fonr assez juger qu’ii voioic clair dans ce queson ennemi pouvoir faire ; mais il ne vint jamais en pensée a Annibal d’en profiter, 6c-de- cQtmoìrrò hv grandeur de ses avantages. Infiniment supérieur aux Romains & com-battant &ns une- plaine rase & découverte, comment ne pensa-til pas h les combattrefur un plus grand front? Scipion crut bien que cela ne pouvoic manquer d’arriver,ce qui le détermina à ranger son infanterie d’une façon où il ne pût rien craindre k sesailes, quelque surpassé qu’il pût c-tre, & à tirer de l’excellence de son ordre de batail-le tout ce qu’il pouvOit raisonnablement en attendre; car à 1 égard de la valeur de sestroupes il n’cn.doutoit nullement, non plus que de leur confiance.
11 s’agissoit d u tout dans cette bataille, & la prévoiance dans ces sortes d’affaires nesçauroit être portée trop loin. C’est commencer de vaincre, dit Tite-Live, que decommencer à n’être pas vaincu.
Cette troisième ligne d’Annibal, si fort éloignée des deux autres ; parut digne dela plus sérieuse attention au Général de l’armée Romaine, & lui donna extrêmementà penser sur l’usage qu’il en pouvoir faire. En c fié t le Carthaginois pouvoir rempor-ter une victoire complette par celle-là malgré la défaite de fa cavalerie, fur laquelle ilne comptoir pas beaucoup ; mais il ne íçut jamais en faire l’ufage auquel Scipion s’é-toit attendu. II joignit aux considérations & aux réflexions fur cc-lle-là ce qu’il avoirdéja pensé des deux autres A, B, quoique celles-ci fuslenc moins expérimentées quela troisième, qui étoit composée des vieilles bandes d’Italie. II ne douta pointqu’cl-les n’atmquassent avec confiance & n’augmentafient de courage & de hardiesse sous lesordres d’un Capitaine si fameux. Tout cela lui parut sérieux. II comptoir véritable-ment fur la valeur & la confiance de ses troupes; mais cela ne fuffifbit pas. II falloir,comme je l’ai dit ailleurs,que son ordre de bataille l’emportâtsur celui de son ennemipar un plus grand art, & qu’il pût suppléer à sa foiblesiè; ainsi tout dé-pendoit d’unedisposition plus fçavante, plus (ure & plus parfaite. Cet habile Romain ne trouvapas de meilleur expédient que de combattre dans l’ordre que je vai décrire, qui esttout ce que la guerre peut offrir de plus redoutable, de plus sin & de plus profond.
Polybe dit que le nombre & le courage étoient égaux dans les deux armées. II estvisible qu’il s’est trompé à l'égard du nombre, comme je l’ai dit plus haut, & sûre-ment il y a saute au texte: car si l'infirmerie Carthaginoise eût été égale à celle des Ro-mains, Annibal n’eùt pû se former sur trois phalanges & fans intervalles entre les ba-taillons fans diminuer extraordinairement le front de son armée, fans s'exposer k êtresurpassé à íès ailes; il étoit trop habile pour donner cet avantage k son ennemi.
Scipion né s’attacha pas feulement à obièrver les phalanges redoublées de son enne-mi, il avoir quelque chose de plus important à considérer; c’étoit de fçavoir quellesétoient les troupes qui dévoient combattre aux deux premières lignes; il remarqua bien-tôt qu’il auroit d’abordaffaire aux troupes d’Asrique,qui bien que braves6e aguerries,ne vailoic-nt pas à beaucoup près les vieilles bandes d’ftalie,qui formoient la troisièmeligne cù Annibal étoit en personne Le sur la valeur Le l’expérience desquelles il comp-toir beaucoup. Cette ligne étoit éloignée d’un stade des deux autres, comme jel’aidit, -Le c’étoit celle là qui inquiétois extrêmement le Général Romain.
Qui auroit jamais cru qu’un Chef d’armée aussi célèbre & aussi rusé que notre Car-thaginois, n’eût eu d’autres vûqs à ses deux premières lignes que de laffèr Le d’épuiserles forces des Romains, & qti’après la déroute de ses deux premières fur lesquelles ilsembloit compter, la troisième survenant toute fraîche Le en bon ordre, il attaquè-rent le victorieux las, recru Le dans cette espèce de désordre assez ordinaire aux trou-pes qui ont combattu, quelle vision !
L’ct-