Ì95 HISTOIRE DE POLYBE,
il réussit. La populace animée par cette action fit éclater toute la hai-ne qu’elle avoit dans le cœur contre les Magistrats. Les uns affichoientpendant la nuit leurs fendmens dans tous les quartiers de la ville, lesautres pendant le jour s’assembloient par bandes, & s’ameutoient lesuns les autre?. Agathocles mécontent de ce soulèvement & n'en con-cevant pas pour lui de grandes espérances, tantôt pensoit à prendre lafuite & puis changeoit de sentiment, parce qu’il avoit eu l’imprudencede ne rien disposer pour l’exécution ; tantôt il formoit avec d’autres uneconspiration pour aller sur le champ égorger une partie de ses ennemis,íè saisir de sautre, & ensuite usurper la tyrannie.
Sur ces entrefaites, le bruit court que Méragéne, un de ses gardes’,découvroit toutes choses à Tlépoléme-& s’entendoit avec lui, à causede la liaison qu’il avoit avec Adée Gouverneur de Bybaste. D’abordAgathocles donne ordre à Nicostrate son Sécretaire de s’assùrer de Mé-ragéne , de interroger avec soin, & de le menacer même de la ques-tion la plus rigoureuse. Nicostrate obéit sur le champ. II méne l’es-pion dans l’appartement du palais le plus enfoncé; là il interroge Mé-ragéne fur ce dont il s’agissoit; celui-ci n’avouant rien, on le dépouil-le. Pendant que les uns disposent les initrumens n’écellaires à la ques-tion, & que les autres, les verges à la main, lui ôtent ses habits, unexprès vient trouver Nicostrate, lui fouine je ne sçai quoi à Poreille &aussitôt se retire. Nicostrate le suit sans rien dire, mais se frappantcontinuellement la cuisse. 11 arriva ici à Méragéne une chose sort sin-gulière. On avoit déja presque levé les verges pour le battre, on pré-paroit les inftrurnens de la torture sous ses yeux, & quand Nicostratese fut retiré, les satellites restèrent là devant lui immobiles se regardantsun sautre & attendant le retour de ce Sécretaire. Comme il restoitquelque tems à revenir, ils s’en allerent tous, & laissèrent là Méragé-ne, qui nu comme il étoit traversa heureusement le palais & entra dansune tente des Macédoniens qui se rencontra auprès, ils étoient assem-blés pour dîner. II leur conte ce qui lui étoit arrivé & la façon surpre-nante dont il s’étoit sauvé. On nepouvoit d’abord le croire, mais com-me on le voioit encore tout nû, on ne put s’en défendre. Méragénedélivré de ce danger prie avec larmes les Macédoniens de prendre nonfeulement fa défense, mais encore celle du Roi, & la leur propre;qu’il étoit évident qu’ils alloient tous périr, s’ils ne saisissoient le mo-ment que la haine de la multitude contre Agathocles étoit dans sa for-ce , & que tout le monde étoit prêt à se soulever contre lui ? quece moment étoit venu, & qu’il ne s’agissoit plus que d’avoir quel-qu’un qui entamât la chose. Les Macédoniens s’échauffent a ce dis-cours & se laissent persuader. Ils passent ensuite dans les tentes desautres soldats, lesquelles se touchent les unes les autres & sont tou-tes tournées du même côté de la ville.
Com-